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L’une de nos adhérentes,  Nathalie Birault, qui a développé son entreprise avec succès malgré sa surdité, répond aux questions de Jean-Pierre, Membre du Conseil d’Administration de l'AIFIC.

Nathalie Birault a un parcours assez atypique dans notre communauté d’implantés et elle nous l’avait raconté dans un témoignage visible sur le site de l’AIFIC (cliquer ici). Devenue sourde et implantée, elle a lancé une entreprise, Odiora, dédiée à la création de bijoux pour décorer implants et prothèses auditives pour mieux vivre son appareillage et profiter du quotidien. Nathalie Birault a reçu plusieurs prix en reconnaissance des succès d’Odiora, et notamment, l’an dernier, le trophée H’UP Entrepreneur Expérimenté (trophée H'UP). Nathalie nous fournit un très bel exemple de la façon de rebondir professionnellement malgré les difficultés d’un handicap auditif.

 

(Crédit photo Sébastien Jourdan)

Bonjour Nathalie, la création de bijoux est très loin de ce que tu faisais avant, tu travaillais dans le graphisme et la communication. Comment s’est faite cette transition ? Pourquoi choisir de dessiner des bijoux ?

J’ai effectivement suivi une formation en Communication Visuelle et Hypermedia à l’école des Beaux-Arts de Saint Etienne. Ces études m’ont permis de travailler à la fois l’esthétique d’une image ainsi que le message qu’elle peut renvoyer, en utilisant différents supports comme photo, vidéo et graphisme.

Après mon bac +5, je me suis lancée en tant que graphiste indépendant avec quelques missions, puis j’ai occupé un poste de webmaster dans une société d’assurances. A cette époque, j’étais en charge du site internet du groupe et de l’harmonisation de la communication de 13 sociétés. Sourde depuis mon enfance, ma surdité se dégradait progressivement, elle est passée de 70% de perte à presque 90% en 2015. Après 6 ans dans cette entreprise, je n’arrivais plus à comprendre mes collègues dans l’open space, les réunions et encore moins au téléphone. Ma santé s’est dégradée et je me suis isolée de plus en plus…
Depuis mon enfance, mon audioprothésiste me parlait des implants cochléaires, mais je ne voulais pas en entendre parler à l’époque, les aimants sur la tête me terrorisaient !
Avec du recul, je me suis renseignée auprès de l’Hopital Edouard Herriot, et j’ai rencontré de nombreuses personnes implantées. Je me suis rendue compte que la technologie avait beaucoup avancée, et que les résultats étaient vraiment impressionnants et extrêmement encourageants pour retrouver une bonne audition.

J’ai donc franchi le cap de l’implantation cochléaire pour continuer à entendre, reprendre contact avec mon entourage et mes amis. Quelques jours après, j’ai été opérée pendant 6 h pour faire une bi-implantation cochléaire. J’ai préféré faire l’opération de mes oreilles en même temps, de peur de ne pas être équilibrée, et surtout par peur de ne pas avoir le courage de le faire deux fois ;)

J’ai alors quitté mon emploi de webmaster, pour reprendre des forces et passer toutes les étapes de convalescences et de rééducation sans me soucier du stress professionnel à côté.
Pendant cette période, j’ai eu beaucoup d’acouphènes me laissant dans un constant brouhaha interne extrêmement difficile. Pour soulager cet « orage interne », j’ai fait beaucoup de sophrologie et j’ai cherché dans mes moments de joie, quelque chose qui pourrait m’aider à accepter mes implants cochléaires. Je me suis souvenue d’un voyage que j’avais fait à Tahiti. Là-bas, les habitants portent une fleur à l’oreille pour communiquer entre eux. A ce moment-là, je me suis dit que porter une fleur à l’oreille pour parler de ma surdité serait plus doux que montrer mes implants ! Je me suis mise à confectionner mes premiers bijoux. Porter cette fleur à l’oreille avait un impact positif dans mon entourage. Elle me permettait de parler de ma surdité (qui passe souvent inaperçue dans les conversations) de manière élégante.
Un jour, j’ai offert une de mes créations à une jeune fille malentendante. Au moment où j’ai posé mon bijou sur son appareil auditif, elle a changé de posture, son regard s’est rempli de joie et elle est partie à la rencontre des adultes autour d’elle. Le bijou lui avait donné du courage pour aller vers les autres. Ce moment était magique, je ne l’oublierai jamais !
Je me suis dit que mes créations pouvaient aider de nombreux malentendants qui ont du mal à accepter les appareils auditifs. Odiora est née ce jour-là.

 

Tu as dû rencontrer des difficultés dans cet épisode de création d’entreprise, des difficultés générales aux entrepreneurs mais aussi spécifiques à la malentendance. Peux-tu nous expliquer ce qui a été le plus difficile et comment tu as pu surmonter ?

Entreprendre avec un handicap c’est possible, bien évidement il faut adapter son poste à sa condition de santé. Le plus dur pour moi a été de combiner réglages réguliers d’implants et orthophonie plusieurs fois par semaine. Outre le temps que tout cela prend, la fatigue était bien présente. Il a fallu aussi que je reprenne confiance pour répondre au téléphone…
C’est encore un long travail pour moi. Bizarrement, ce qui est le plus dur à surmonter n’est pas tant le téléphone lui-même, mais surtout la peur de ne pas comprendre.

Il y a un grand chemin pour reprendre confiance en soi et en ses capacités, lorsque l’on a tout perdu et que l’on se repose sur la technologie. Le combat pour répondre au téléphone n’est pas encore gagné, mais je trouve des parades comme tout malentendant, je travaille beaucoup par mail ;)

De mon parcours d’entrepreneur, ce que je peux dire c’est qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide aux organismes spécialisés. Il existe de nombreux associations, incubateurs, fondations, pour les créateurs en situation de handicap qui soutiennent et accompagnent chaque entrepreneur à concrétiser un projet et le développer.

 

La création et le dessin des bijoux est assuré par Odiora mais la fabrication est partiellement réalisée dans un centre employant des personnes en situation de handicap. Comment cela se passe-t-il ?

Effectivement, touchée par le handicap et étant moi-même dans la difficulté à trouver un emploi, je souhaite valoriser le travail des personnes en situation de handicap, dans mon entreprise.

La hausse de la demande pour nos produits et la distribution via les centres d’audition ont rendu impossible d’assurer personnellement toute la production ! Odiora s’occupe de la création, de trouver les matières, et confie l’assemblage final à un ESAT. Nous avons fait des essais dans plusieurs établissements et nous avons sélectionné l’ALGED Hélène Rivet de Lyon.

Nous avons formé directement les personnes, pour une activité nouvelle dans leurs ateliers. Ils sont à chaque fois heureux de travailler sur un produit différent et joli!

Et nous sommes ravis de l’impact positif que peut avoir notre activité.

 

J’ai appris que ton entreprise avait commencé à fabriquer des masques spéciaux pour malentendants permettant de préserver la lecture labiale. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

J’ai développé le masque pendant la période de confinement, parce que j’étais complètement déstabilisée par le port des masques. Ne plus entendre, et ne plus détecter les expressions du visage de mes interlocuteurs étaient difficile.

J’ai fait mon propre modèle, le Masque Sourire ® (ou SMILE ® en anglais!) selon les recommandations AFNOR et ils sont en cours d’homologation IFTH et DGA. J’ai offert mes premiers prototypes à mes clientes sur odiora.fr  Au final j’ai confectionné plusieurs centaines de masques.     

La demande est de plus en plus forte, pour l’entourage des personnes sourdes et malentendantes, mais aussi de la petite enfance, des personnes âgées, atteintes d’autisme, et plus encore ! Les audioprothésistes et autres métiers de l’audition sont très demandeurs, également. Nous sommes en relation avec plusieurs ateliers de la région pour industrialiser et faire face à la demande, qui s’élève aujourd’hui à plusieurs millions de pièces. Les Masques Sourire ® sont dès maintenant disponibles à la vente sur le site internet d'Odiora.

Nous pensons que les masques à fenêtre devraient devenir la norme pour tous! Ça serait un vrai geste d’inclusion.

 

           

 

Pour finir, quels conseils donnerais-tu à un malentendant, implanté qui souhaiterait se lancer dans l’entreprenariat ?

N’ayez pas peur d’essayer: 100% de ceux qui ont réussi ont essayé. Et si ça marche pas c’est une belle aventure humaine et de l’expérience pour le futur.  

Vous n’êtes pas seuls, n’hésitez pas à vous entourer : Cap Emploi, Créaplus, HUP, CIDFF, Fondation pour l’audition, Fondation Banque Populaire, Ronalpia… Incubateurs. Ces organismes sont là pour vous aider à transformer votre petite idée et la concrétiser !