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Texte de la présentation de Mme Marielle Bergheaud-Agard,

orthophoniste au CRIC,

à l’Assemblée Générale de l’ANIC le 18 mars 2023

 

Bonjour à tous.

Certains d’entre vous m’ont peut-être déjà croisée lors de leur bilan annuel orthophonique. Bilan annuel au cours duquel mes collègues orthophonistes et moi-même ne manquons jamais de vous interroger sur votre rapport à la musique avec votre implant. Parce que la musique est un langage universel, qu’elle nous accompagne tout au long de nos vies, qu’elle est omniprésente dans notre société et les lieux que nous fréquentons quotidiennement.

La musique reste un point sensible dans la réhabilitation auditive avec implant cochléaire. Lors de vos bilans annuels, vous mettez souvent en avant des sentiments de déception, d’amertume. Certains rapportent des expériences extrêmement décevantes et une perception auditive de la musique proche de la cacophonie, d’un boucan indescriptible. D’autres disent avoir fait le deuil, à regret, de la musique. Pourtant, un état des lieux dressé par le CISIC en 2020 portant sur 1170 patients implantés met en lumière que 29 % des patients ont une écoute très agréable de la musique. Ce qui veut quand même dire a contrario que près de 2/3 des patients n’ont pas une écoute très agréable de la musique.

Un point est sûr : en matière d’appréciation de la musique, avec l’IC, il existe une grande disparité et les témoignages (au moins juste après l’implantation mais souvent bien au-delà) s’accordent pour dire que la musique « sonne » différemment avec un IC.

 

Pourquoi ce « son » est-il différent ?

- L’IC a été conçu initialement pour la compréhension de la parole et non de la musique ; le langage parlé étant l’outil principal de la communication humaine.

- L’IC est composé d’un porte-électrodes contenant de 12 à 22 électrodes selon les modèles. Electrodes chargées d’effectuer le travail des plus de 25000 cellules ciliées de l’oreille naturelle. Ce porte-électrodes est inséré dans la cochlée sur 1,5 à 2 tours max. La cochlée faisant 2,5 tours. C’est-à-dire qu’il n’occupe pas entièrement la cochlée.

Or, la cochlée traite les sons selon une tonotopie précise : chaque fréquence y est perçue à un endroit précis ; les plus hautes fréquences (sons aigus) à la base, les plus basses fréquences (sons graves) au sommet. Chaque électrode du porte-électrodes est dévolue à une bande de fréquences précises correspondant + ou – à cette tonotopie cochléaire. La stimulation électrique doit opérer le plus localement possible pour conserver une précision fréquentielle la plus satisfaisante possible et éviter de stimuler les fibres nerveuses qui ne correspondent pas à la bande de fréquences choisie.

- Le champ fréquentiel de l’oreille humaine va de 20 à 20000 Hz. Avec un IC, il est réduit de 200 à 8500 Hz. Il y a donc une perte significative dans les fréquences graves et aiguës. 

- Les stimulations ont tendance à se diffuser aux fibres nerveuses adjacentes. Ce qui pour le Dr Limb, ORL américain spécialiste de l’IC et la musique, s’apparente à l’arrosage d’un brin d’herbe avec un tuyau d’arrosage.

- Les cadences de stimulation par le porte-électrodes (pour la plupart des marques d’IC) se font selon une cadence fixe pour toutes les fréquences ce qui ne correspond pas à l’électrophysiologie de l’oreille normo-entendante ; le codage temporel de l’information sonore, utile à la perception des hauteurs de sons, s’en trouve altéré.

 

Les limites électrophysiologiques et technologiques de la musique peuvent expliquer que Chopin ou Litz comme vous voulez soit perçu comme s’il était joué sur un piano avec des gants de boxe.

D’autre part, la musique est un signal acoustique complexe qui se déploie sur davantage de fréquences et d’intensités que la parole. Elle couvre une étendue plus large en décibels et en fréquences que le langage.

 

La musique subit un traitement auditif dans ses composantes acoustiques mais aussi un traitement cognitif sophistiqué qui met en jeu de nombreuses aires cérébrales.

 Le cortex auditif se situe dans la partie supérieure du lobe temporal. C’est là que sont traitées les composantes de la musique (notes, rythmes, mélodies). Le lobe frontal et, plus particulièrement le lobe frontal inférieur, communique avec le lobe temporal pour identifier, traiter et percevoir les composantes plus complexes de la musique. Les émotions portées par la musique et liées à notre la mémoire personnelle (épisodique) activent également d’autres aires cérébrales (système limbique, amygdale, cortex orbitofrontal…). Et pour peu qu’on lise une partition, joue cette partition ou danse sur cette partition, d’autres zones du cerveau s’activent. Sans compter que l’écoute de la musique demande de l’attention et peut faire appel à la mémoire. Le traitement de la musique active davantage l’hémisphère droit mais il n’y a pas d’aires dédiées spécifiquement à la musique dans le cerveau. Les deux hémisphères sont mis à contribution et jouent un rôle. Le gauche se charge du rythme ; le droit de la mélodie et de l’harmonie. La musique est traitée à tous les niveaux et selon qu’elle s’accompagne de voix et de paroles, qu’elle est connue ou non, jouée ou accompagnée de gestes, elle sollicite plus ou moins de structures et régions cérébrales.

Bref, l’ensemble de ces facteurs explique les difficultés et les grandes variabilités interindividuelles rencontrées dans l’écoute de la musique par les personnes implantées. La musique transitant par l’IC puis le nerf auditif puis le cerveau, toutes ces étapes peuvent être responsables de déperdition et rendre les émotions que la musique vise à provoquer moins « palpables », agréables ou satisfaisantes.

Or, la musique sans émotions, à quoi bon ? Son objet premier est de transmettre des émotions. Pour Kundera, elle était même une pompe à gonfler l’âme. Peut-on imaginer les scènes les plus mythiques de certains films (tels Psychose d’Hitchcock ou Titanic de Cameron) sans la musique qui décuplent les émotions qu’on éprouve à leur vision ?

 

Qu’est ce que les études et recherches sur l’IC et la musique ont établi ?

1.    Sur les aspects temporels de la musique

Par aspects temporels, on pense au rythme, c’est-à-dire l’arrangement de la durée des notes et des silences dans le temps ; au tempo, c’est-à-dire la vitesse à laquelle est exécutée une œuvre musicale (en musique classique, lento, moderato, allegro par ex) et à la structure rythmique.

Ce sont les éléments qui permettent notamment de distinguer une valse d’une marche.

Ce sont les aspects les mieux préservés avec un implant. Ils sont évalués par des tests de discrimination de changement de tempo, de métriques et des tests d’identification de rythmes. Le rythme est l’indice acoustique le mieux perçu par tous les patients implantés. Les porteurs d’IC sont généralement aussi précis sur les éléments temporels que les normo-entendants. La perception des aspects rythmiques de la musique est comparable entre les sujets implantés et les sujets normo-entendants.

2. Sur les aspects relatifs aux notes de musique en termes de hauteur tonale (son grave ou aigu, long ou court), de mélodie (succession de notes formant un air agréable à entendre et reconnaissable. Par exemple, Aux Champs Élysées, A la claire fontaine), d’harmonie (superposition de notes jouées en même temps ou de voix chantées).

 Les patients implantés ont du mal à reconnaître des mélodies familières et à discriminer des hauteurs. Les porteurs d’IC ont tendance à être moins précis dans la reconnaissance des mélodies et harmonies que les normo-entendants. Parce que les instruments de musique jouent souvent des sons plus hauts ou plus bas que les hauteurs transmises par l’IC, les accords sonnent faux. Les instruments qui jouent en même temps sont perçus comme un brouhaha. Les sujets implantés perçoivent mal les petits changements d’intervalle de pitch. Pour identifier le contour mélodique, il faut une bonne capacité à détecter les changements de hauteur, de rythme et de timbre. Les porteurs d’IC sont dans cette tâche de détection nettement moins performants que les normo-entendants

Toutefois, concernant le pitch, il y a une grande variabilité entre les sujets. Après entraînement, les performances des implantés cochléaires s’améliorent significativement.

Un entraînement quotidien sur une période de quelques semaines permet une progression dans l’identification des contours mélodiques avec un maintien des résultats obtenus selon une étude.

3. Sur le timbre (caractéristiques qui permettent de différencier un instrument d’un autre ou une voix d’une autre)

La perception du timbre est compliquée avec l’IC. La reconnaissance du timbre peut cependant s’améliorer, là encore, avec l’entraînement. Les personnes implantées peuvent discriminer des instruments n’appartenant pas à la même famille (ex. flûte/guitare ou piano/violon) ; cette discrimination est d’autant plus facile que les instruments sont isolés et non en formation. Les instruments percussifs sont plus facilement identifiés que les instruments à vent ou à cordes. Les implantés se trompent davantage dans la distinction d’instruments aux fréquences graves (ex. saxophone, basson) moins bien perçues pour les raisons vues précédemment (ex. saxophone, basson).

4.  Sur l’intensité

La musique trop forte peut être physiquement inconfortable pour les implantés. La musique trop douce peut être difficile à percevoir. L’expressivité de la musique est réduite par la difficulté à moduler finement les variations d’intensité avec un IC.

5. Sur les paroles des chansons

Les paroles sont plus difficiles à comprendre que les mots parlés mais plus faciles que le pitch musical. Ainsi les versions uniquement instrumentales de chansons sont plus difficiles à reconnaître. L’ajout de paroles aide. A condition qu’elles ne soient pas prononcées trop rapidement, que le vocabulaire soit familier, que le chanteur ou la chanteuse prononce bien, que l’accompagnement instrumental soit réduit. Faites l’expérience d’écouter Yesterday chantée par Mc Cartney, Marvin Gaye, Ray Charles et Elvis Presley. L’une des versions aura certainement vos faveurs pour ces raisons-là.

Globalement, le nombre d’instruments et le type de musique influencent l’appréciation des implantés. Un rythme clair, des paroles aisées, un style simple emportent davantage l’adhésion. Soliste ou petits ensembles ont la préférence. Les morceaux connus antérieurement à l’implantation ont également la préférence. La mémoire musicale est importante dans l’appréciation de la musique. Les émotions musicales sont partiellement rétablies en raison de tous les éléments évoqués.

 

Les résultats si on rapporte vos propos sur la musique

En bref, l’IC est mieux adapté pour écouter de la techno que pour écouter une symphonie. Les patients implantés reconnaissent mieux la musique country ou pop que la musique classique. Ils ont même tendance à préférer la musique pop.

Plus la musique est complexe (multiples variations rythmiques, mélodiques, d’intensité et nombreux instruments) et moins la satisfaction est au rdv.

L’appréciation de la musique dépendant également de la familiarité avec cette musique ; ce qui nous est familier est plus apprécié.

Enfin, selon les études, Il y a une corrélation entre le temps passé à écouter de la musique et le jugement plaisant de celle-ci. L’entraînement paie. On a également démontré une corrélation entre la perception de la musique après implant et le niveau d’exposition avant implant. La mélomanie avant IC est un avantage.

Les personnes qui portent un appareil auditif conventionnel en plus de leur processeur d’implant apprécient davantage la musique. Et celles qui ont un processeur avec une stimulation acoustique (EAS) en raison d’une audition résiduelle sur les fréquences graves également.

Les personnes implantées qui perçoivent bien le rythme ont aussi une bonne compréhension de la parole. Autrement dit, une rééducation axée sur la musique ne peut avoir que des répercussions positives sur la compréhension de la parole (voire de la compréhension de la parole dans le bruit).

 

Toutes ces considérations m’amènent à souligner la nécessité d’un entraînement spécifique pour retrouver du plaisir à écouter de la musique et de meilleures perceptions des caractéristiques de la musique. Entraînement dont les effets perdurent bien après son arrêt.

Cet entraînement peut être proposé par l’orthophoniste à la demande du patient dans le cadre de sa rééducation post-implantation. Et même longtemps après l’activation du processeur à la demande.

L’orthophoniste accompagne le patient dans son entraînement à l’écoute de la musique selon deux axes : la stimulation de la mémoire musicale et la création de nouvelles références musicales. Un travail sur les caractéristiques acoustiques des notes de musique peut également être proposé (Note aigue/grave ? Note courte/longue ? Forte/faible ? Identification et reproduction de rythmes).

L’entraînement s’effectue toujours dans les meilleures conditions d’audition. En utilisant l’appareil auditif controlatéral en plus de l’IC le cas échéant ou/et le programme dédié sur le processeur d’implant.

Concernant la stimulation de la mémoire musicale, il est fait appel à la reconnaissance de ce qui est entendu avec ce qui est en mémoire auditive en écoutant des morceaux et/ou chansons connus avant la surdité

Puis l’objectif est de créer de nouvelles références musicales en commençant par la perception du rythme puis celle de la tonalité émotionnelle en essayant de ressentir l’ambiance qui se dégage d’une musique. Commencer l’entraînement par des musiques avec un rythme et un tempo marqués est un bon point de départ. En menant ensuite le travail autour du timbre par la reconnaissance d’un instrument ou d’une famille d’instruments. L’entraînement se poursuit par la reconnaissance de la mélodie qui passe aussi par des exercices de reconnaissance de la voix chantée (voix d’un chanteur, d’une chanteuse, d’un enfant, de plusieurs chanteurs ?). Les personnes normo-entendantes ont parfois des difficultés à faire le distinguo voix d’homme / voix de femme.

L’entraînement aborde en dernier ressort l’identification des paroles (en français, dans une autre langue ?). Cette étape est la plus complexe et s’apparente à de l’audition dans le bruit. En outre, la voix chantée ne respecte pas la prosodie de la voix parlée et la durée des phonèmes de la langue parlée (les sons sont accentués différemment et les voyelles n’ont pas la même durée et prennent le dessus sur les consonnes). Sans compter que les instruments peuvent « noyer » la parole dans la musique. Bien souvent les normo-entendants ne comprennent pas l’intégralité des paroles. C’est pourquoi avoir les paroles sous les yeux peut être très bénéfique. L’identification des paroles peut consister à reconnaître un mot cible dans une chanson, une phrase dans cette chanson, l’identification du refrain de cette chanson pour finir par l’intégralité de ses paroles. Il est souvent nécessaire d’y revenir maintes fois et d’écouter un même titre à plusieurs reprises.

Enfin, il peut être intéressant de prendre des cours de chant pour travailler sur tous les paramètres acoustiques de la musique en conditions réelles et non avec des enregistrements sonores. Le chant accompagné par un professeur permet d’améliorer ses perceptions auditives et « rééduque l’oreille ». Et même si vous chantez faux, ce n’est pas grave ! Cela n’a pas empêché d’autres de se lancer avant vous avec une gloire durable !

Cf. le film ‘Marguerite’ avec Catherine Frot interprétant Florence Foster Jenkins.

 

Si je récapitule, les leviers d’action pour améliorer la perception et l’appréciation de la musique consistent à :

1. Agir sur l’implant lui-même et notamment le porte-électrodes en visant une plus grande précision dans la stimulation fréquentielle du nerf auditif, en introduisant plus profondément le porte-électrodes jusqu’au sommet de la cochlée pour atteindre les fréquences les plus graves ce qui améliore la qualité sonore de la musique. Ceci est également valable pour les entendants qui apprécient plus les morceaux dont les basses ont été accentuées (elles apportent des vibrations qui entrent en résonance avec le corps humain ; ce sont les seules fréquences perçues in utero et à ce titre elles rassurent, réconfortent et donnent envie de bouger). Enfin, en ajustant le plus précisément possible l’insertion du porte-électrodes à la tonotopie cochléaire.

2. Agir sur le cerveau auditif en sollicitant la plasticité cérébrale par l’entraînement et en intégrant l’entraînement musical dans la rééducation. Les personnes implantées dans les pays utilisant des langues à tons (Chinois notamment) sont significativement plus performantes que les anglais et par extension les français dans les tâches de reconnaissance du pitch musical. Non parce que leurs processeurs sont meilleurs mais parce qu’ils sont contraints d’être attentifs au pitch pour comprendre leurs interlocuteurs.

 

Voici quelques conseils pour progresser dans l’écoute de la musique :

Ayez l’esprit libre pour la musique (évitez d’y « travailler » quand vous êtes épuisé) et ne le faites que si vous en avez vraiment envie. On progresse rarement quand on fait les choses à contrecœur ou mû par le devoir. Écouter de la musique ne doit pas être un pensum.

Soyez attentifs aux conditions d’écoute de la musique.

Pas de bruit de fond ni de distractions, pas de pièces réverbérantes, un aménagement des pièces qui absorbe d’éventuels échos ou résonances (rideaux, tapis, tableaux aux murs).

Evaluez votre distance et positionnement à la source sonore (par ex., lors d’un concert, pas trop loin de la scène, des musiciens et chanteurs mais pas trop près des amplificateurs).

Allez de préférence écouter de la musique vivante : la perception auditive repose sur une double opération de fission / fusion qui rend capable de discerner un instrument parmi d’autres ou de percevoir l’intégralité des instruments ensemble. En voyant les instruments en même temps qu’ils jouent, ce procédé s’opère plus facilement. En outre, la musique enregistrée subit un premier filtrage que l’IC renforce en la traitant via le processeur lui aussi.

S’agissant des concerts, privilégiez les salles de concerts formels (auditoriums, opéras, églises plutôt que cabarets, cafés-concerts ou festivals), silencieuses et des concerts avec peu d’instruments (au moins pour commencer) avec un auditoire limité, dont l’acoustique est réputée comme bonne (ou a été conçue pour absorber le son et réduire l’écho) ou la musique n’est pas trop amplifiée. L’amplification peut provoquer des distorsions sonores voire des douleurs. Globalement, moins il y a d’instruments, plus la musique est simple, plus le lieu d’écoute est calme et mieux la musique sonnera.

En fonction de vos difficultés, de vos goûts, de votre familiarité avec la musique, allez à des concerts plutôt instrumentaux ou vocaux.

Trouvez des salles où un ST est assuré  (https://accesculture.org/)

Sachez que les expériences musicales en public qui impliquent de passer de l’écoute de la musique à une conversation sont particulièrement difficiles (bar avec musique live, fête de mariage, café-concert, restaurants avec ambiance musicale…). Cela demande de passer en attention divisée qui est une tâche cognitive exigeante. Dans ces lieux, éloignez-vous de la source musicale si vous préférez suivre la conversation, positionnez-vous par rapport à votre interlocuteur.

Pour de tels lieux, il existe un site qui recense les plus calmes d’entre eux https://www.soundprint.co/locations

 

S’agissant des outils et aides à votre disposition pour améliorer vos perceptions musicales,

Testez la boucle magnétique.

Ayez un bon équipement audio (radio récente équipée de la techno DAB +, enceintes de qualité, casque tour du cou etc.).

Les supports visuels (que ce soit les clips vidéo sous-titrés, les paroles écrites des chansons, les partitions pour les musiciens, les instruments sous les yeux) sont des aides précieuses. Avoir l’image en même temps que le son est bénéfique.

Dans certains concerts, des gilets vibrants (subpac), jouant sur la conduction osseuse et corporelle des vibrations sonores et des fréquences basses, sont proposés. Une expérience à tenter ?

Et pensez à utiliser des accessoires de connectivité qui améliorent l’écoute en envoyant le signal sonore directement dans vos appareils et à basculer sur le programme de votre processeur dédié à la musique si vous en avez un.

 

Je vous suggère les ressources suivantes :

- les sites de musique et applications de musique : Youtube, Deezer, Spotify

- les sites des radios : France Musique, Radioclassique, Radio Nostalgie, TSF Jazz etc.

- Le site de l’IFIC avec des exercices gratuits sur la musique

- Le site d’AB avec son programme d’entraînement Atmosphere musicale (application de découverte de la musique développée pour les personnes avec déficience auditive qui décline des exercices autour des thèmes suivants : ambiance musicale, reconnaissance d’une voix, d’un instrument, de la langue, identification des paroles)

https://apps2.advancedbionics.com/auth/login/SsoForm

- L’application Shazam pour obtenir les références de n’importe quelle musique diffusée et vous constituer ainsi une bibliothèque musicale à votre goût

- Le site le point du FLE (français langue étrangère) pour des exercices et quizz sur les chansons

https://www.lepointdufle.net/p/chansons.htm

- Le site https://morefrommusic.org/ avec un programme interactif de sensibilisation à la musique développé par des chercheurs de l’université de Southampton

- L’application Meludia disponible sur Apple Store ou Play Store pour développer ses capacités d’écoute grâce à la musique

- L’application Wolfgang qui sous-titre les symphonies

- La cartographie audio interactive répertoriant des milliers de morceaux selon les émotions qu’ils suscitent mise au point par des chercheurs de l’université américaine de Berkeley. Ils ont identifié 13 grandes émotions à l’écoute de milliers de morceaux par des populations américaines et chinoises et ont établi une carte qui permet d’écouter ces nombreux morceaux en fonction des émotions qui s’en dégagent.

https://www.ocf.berkeley.edu/~acowen/music.html#modal

Je vous recommande de regarder le film Sound of Metal qui raconte l’histoire d’un musicien batteur qui devient sourd et se fait implanter (inspirée d’une histoire vraie) – film récompensé de l’Oscar du meilleur son en 2019, sous-titré et accompagné de descriptions sonores. Il traite tout à fait du sujet de cette présentation.

Je vous parlais à l’instant des programmes dédiés à la musique de vos processeurs et des accessoires de connectivité.

 

 

Ceci m’amène à faire un point rapide sur les fabricants d’IC et la musique.

Je précise que les informations qui vont suivre m’ont été données par les fabricants. Ils sont représentés ici. Ils pourront compléter ou développer mes propos si nécessaire.

Je les présente par ordre alphabétique.

Advanced Bionics : Met en avant que sa stratégie de codage des sons a été initialement optimisée pour l’écoute de la musique, qu’avec sa balance inter électrode, les 16 électrodes des porte-électrodes de ses IC permettent de créer 120 points de stimulation dans l’objectif d’augmenter la résolution fréquentielle

Développe une connectivité directe (utilisant le Bluetooth) avec son dernier processeur (Marvel) permettant une écoute de la musique dans des conditions optimisées ; connectivité qui peut être bilatérale et s’appliquer à tous les contenus multimédias.

A mis au point un système Autosense qui adapte de nombreux paramètres de prétraitement du signal afin de favoriser l’écoute de la musique en situation acoustique comme en streaming.

Propose un outil de rééducation centré sur la musique : Atmosphère Musicale, accessible en ligne à tous.

Cochlear : Développe de nombreux accessoires de streaming pour permettre de recevoir le son de tous les appareils audios directement dans le processeur (téléphone, tablette, téléviseur) ; le son perçu étant ainsi de meilleure qualité.

Propose un programme scan avec une option musique.

A mis au point un porte-électrodes périmodiolaires pour maximiser les performances auditives (le modiolus est l’axe osseux de la cochlée).

Vient de s’associer à Amazon pour permettre aux porteurs d’IC de recevoir directement les programmes de la plateforme Amazon Fire TV dans leurs appareils sans accessoire intermédiaire avec une offre musicale très large.

Medel : Se positionne comme le fabricant le plus soucieux d’améliorer la perception de la musique et le plus proche de l’audition naturelle. Est la société qui communique le plus sur cet aspect de l’implant cochléaire et met en avant les recherches qu’elle mène dans le domaine de la perception musicale. A lancé Le Med-El music festival pour mettre en lumière les musiciens et chanteurs porteurs d’IC.

A développé un porte-électrodes plus long pour se rapprocher du sommet de la cochlée et améliorer la perception des fréquences basses (100 à 250 Hz)

Propose une stratégie de codage du son qui fournit à la fois un codage tonotopique et temporel pour une perception plus précise du pitch (hauteur) = la stratégie FSP (Fine Structure Processing) vs la stratégie CIS (Continuous Interleaved Sampling) utilisée par les autres fabricants.

Essaie de restreindre le décalage tonotopique entre le porte-électrodes et la zone de stimulation par un codage rythmique dans les basses fréquences.

Oticon : Développe des solutions de connectivité pour une écoute plus confortable en Bluetooth via les accessoires comme le streamer ou l'Artone selon les modèles de processeurs.

Propose un "kit silhouette" qui est l'équivalent du kit main libre, et qui se branche par prise jack (sortie audio universelle). 

Préconise un réglage spécial musique qui collecte les sons sans les brider sans réduction de bruit ni compression.

 

Il n’y a pas à ce jour à ma connaissance de marque significativement plus performante qu’une autre s’agissant de l’appréciation de la musique. Toutes les marques, d’après ce que j’ai constaté au cours des bilans annuels ici à Rothschild, comptent des patients qui apprécient la musique et d’autres qui sont déçus.

 

 

Pour conclure, ayez des attentes réalistes ! Vos préférences musicales peuvent changer avec l’IC, certaines musiques peuvent sonner faux (on n’est pas obligé d’apprécier tous les styles musicaux). Il vous faudra peut-être un peu de temps avant de trouver la musique la plus agréable pour vous. Variez les plaisirs, diversifiez vos choix musicaux et faites des essais (si possible en commençant par de la musique vivante, simple, rythmée). Utilisez tous les outils à votre portée et des équipements de bonne qualité et aidez-vous d’indices visuels autant que possible. Ne vous découragez pas ! Soyez persévérants et patients : la patience est amère mais son fruit est doux ! Même à distance de l’IC, la perception de la musique sous l’angle de chacune de ses composantes (rythme, mélodie, émotion etc.) peut s’améliorer. Et ne pensez pas que vos compétences en compréhension de la parole sont prédictives de votre future satisfaction à apprécier la musique.

 

Enfin, faites appel aux orthophonistes !

 

Merci pour votre écoute !

Et merci à ma collègue Emilie Ernst pour sa contribution à cette présentation.

 

Marielle Bergheaud-Agard