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LES ACOUPHÈNES
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Exposé présenté par le docteur Andra Sebestyen à l’Assemblée Générale de l’ANIC 2026 |
Comprendre les acouphènes
Les acouphènes sont un symptôme très fréquent. Selon un sondage réalisé en 2018 pour France Acouphènes, entre 14 et 17 millions de Français en souffriraient, dont 2 à 4 millions de façon permanente. Les études plus récentes recouvrent des chiffres comparables.
Définir précisément l'acouphène n'est pourtant pas si simple. En 2020, l'Association Francophone des Équipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie (AFREPA) a proposé une définition selon laquelle l'acouphène correspond à une sensation auditive perçue en l'absence de stimulation sonore extérieure. Il traduit le plus souvent un dysfonctionnement du système auditif ou d'autres structures pouvant interférer avec lui.
Cependant, l'acouphène ne se résume pas à un simple bruit entendu dans l'oreille ou dans la tête. Sous l'influence de mécanismes cognitifs et émotionnels, il peut devenir une expérience particulièrement désagréable et avoir un impact important sur la qualité de vie. C'est pourquoi sa prise en charge nécessite souvent une approche pluridisciplinaire associant plusieurs professionnels de santé.
Il existe plusieurs types d’acouphènes. Cette distinction est importante car certains acouphènes sont liés à une cause identifiable sur laquelle il est parfois possible d’agir, voire de les faire disparaître. Heureusement, si ces situations existent, elles restent relativement rares.
Les acouphènes les plus fréquents sont les acouphènes continus. Ils sont généralement décrits comme des bourdonnements, des sifflements, des grésillements ou encore des souffles, perçus de façon permanente ou quasi permanente. Plus rarement, on peut rencontrer des acouphènes rythmiques, appelés acouphènes pulsatiles. Ceux-ci peuvent être synchrones des battements du cœur, mais aussi suivre d’autres rythmes, par exemple respiratoires ou liés à des contractions musculaires involontaires. Leur reconnaissance est importante car ils nécessitent souvent une démarche diagnostique spécifique.
Les acouphènes continus
Dans certains cas, une cause identifiable peut être retrouvée. Les acouphènes peuvent alors être liés à une atteinte de l’oreille externe, comme un bouchon de cérumen, de l’oreille moyenne, comme une otite ou une otospongiose, ou plus rarement à certaines lésions situées sur le trajet du nerf auditif, telles qu’un schwannome[1] vestibulaire.
Au niveau périphérique, plusieurs mécanismes peuvent être en cause. Les cellules ciliées de la cochlée peuvent être altérées par le vieillissement, un traumatisme sonore, une inflammation, un défaut d’oxygénation ou certaines maladies de l’oreille interne. Les atteintes peuvent également concerner les connexions entre les cellules ciliées et le nerf auditif : on parle alors de synaptopathie ou de « surdité cachée ». Dans ce cas, l’audiométrie peut être normale alors que le patient éprouve des difficultés à comprendre la parole dans le bruit. Plus rarement, le nerf auditif lui-même peut être atteint (neuropathie).
Ces altérations entraînent une diminution ou une modification des informations auditives transmises au cerveau. En réponse, les voies auditives centrales développent des mécanismes de compensation et augmentent leur activité spontanée. Cette activité neuronale anormale peut alors être perçue comme un son en l’absence de toute source sonore extérieure : c’est l’acouphène.
Le cerveau joue également un rôle majeur dans la perception et la pérennisation des acouphènes. Les régions impliquées dans l’audition interagissent avec des réseaux cérébraux liés aux émotions, à l’attention et à la perception consciente. Ainsi, la gêne ressentie ne dépend pas uniquement du signal auditif lui-même, mais aussi de la manière dont celui-ci est traité par le cerveau. Le stress, l’anxiété, la fatigue ou les troubles du sommeil peuvent ainsi majorer considérablement le retentissement de l’acouphène.
Enfin, certains acouphènes peuvent être influencés par des informations provenant des muscles et des articulations de la tête et du cou. Les troubles de l’articulation temporo-mandibulaire, les douleurs cervicales ou certains traumatismes crâniens peuvent modifier l’activité des voies auditives et participer à l’apparition ou à la modulation de l’acouphène. On parle alors d’acouphènes somato-sensoriels.
Les acouphènes pulsatiles
Les acouphènes pulsatiles sont beaucoup plus rares que les acouphènes continus. Ils correspondent à la perception d'un bruit rythmé, parfois synchronisé avec les battements du cœur.
L'oreille est située à proximité de nombreuses structures vasculaires, mais aussi d'espaces contenant du liquide céphalo-rachidien (LCR), qui transmet lui aussi des pulsations. Certaines anomalies des artères ou des veines, des turbulences du flux sanguin, des malformations vasculaires ou des variations de pression du LCR peuvent ainsi être à l'origine d'un acouphène pulsatile. Plus rarement, certaines maladies de l'oreille moyenne ou des anomalies anatomiques de l'oreille interne peuvent également être responsables de ce type de symptôme. L'identification de ces causes est importante car certaines peuvent bénéficier d'un traitement médical, chirurgical ou interventionnel.
Tous les acouphènes rythmiques ne sont cependant pas synchrones du pouls. Certains peuvent être liés à des contractions musculaires involontaires répétées (myoclonies) du muscle tenseur du tympan, du muscle de l'étrier ou des muscles du voile du palais. D'autres peuvent être provoqués par une béance tubaire, c'est-à-dire un dysfonctionnement de la trompe d'Eustache, le conduit reliant l'oreille moyenne à l'arrière du nez.
Que peut faire le médecin face à un patient souffrant des acouphènes ?
La première consultation est une étape importante. La personne qui consulte espère souvent que le médecin va trouver la solution qui permettra de faire disparaître l’acouphène. Le rôle du médecin est d’abord de rechercher une cause lorsqu’elle existe, mais aussi d’expliquer les mécanismes de l’acouphène, d’évaluer son retentissement et de rassurer le patient.
Même s’il n’existe pas toujours de solution permettant de supprimer complètement l’acouphène, de nombreuses prises en charge peuvent réduire la gêne et améliorer la qualité de vie.
La consultation repose sur un interrogatoire détaillé, une évaluation du retentissement (sommeil, concentration, état émotionnel) et un examen clinique associé à un bilan auditif complet. Selon les situations, des examens complémentaires (IRM, scanner, bilan vasculaire…) ou l’avis d’autres spécialistes peuvent être nécessaires.
Pour beaucoup de patients, l’acouphène provient uniquement de l’oreille. Pourtant, même lorsqu’il débute par une atteinte auditive, le cerveau joue un rôle essentiel dans sa perception et dans la gêne qu’il provoque. Les émotions, l’attention, le stress ou la fatigue peuvent fortement influencer son retentissement.
La prise en charge repose alors sur trois axes complémentaires : agir sur la cause lorsqu’elle est identifiable, atténuer le symptôme lui-même et accompagner le patient dans la gestion de son ressenti. L’objectif est d’aider le patient à retrouver une meilleure qualité de vie et, dans de nombreux cas, à ne plus focaliser son attention sur son acouphène.
Les symptômes et le ressenti
Lorsqu'une perte auditive est présente, sa correction constitue souvent un élément majeur de la prise en charge. Selon le type et le degré de surdité, différentes solutions peuvent être proposées : aides auditives conventionnelles, systèmes à conduction osseuse ou, dans certaines situations, implant cochléaire.
En présence d'une perte auditive, la restauration des informations sonores permet souvent de diminuer la perception de l'acouphène. Lorsque l'audition est peu ou pas altérée, les thérapies sonores peuvent également être utiles. Elles reposent sur l'enrichissement de l'environnement sonore à l'aide de bruits de la nature, de bruits neutres, de musique ou d'applications dédiées. L'objectif est de réduire le contraste entre le silence et l'acouphène et de diminuer l'attention qui lui est portée.
Depuis quelques années, l'implant cochléaire constitue également une option pour certains patients présentant une surdité sévère à profonde associée à un acouphène invalidant, y compris dans certaines situations de surdité unilatérale après échec des autres solutions de réhabilitation auditive. En plus de restaurer l'audition, il permet souvent de réduire significativement l'acouphène, voire de le faire disparaître chez certains patients.
Cependant, l'appareillage auditif ou l'implant cochléaire ne constituent qu'un élément de la prise en charge. Celle-ci repose généralement sur une approche multidisciplinaire, adaptée aux besoins et au vécu de chaque patient.
Les émotions et le stress
On ne peut pas parler de prise en charge des acouphènes sans prendre en compte la dimension émotionnelle. La gêne liée à l'acouphène ne dépend pas uniquement du son perçu, mais aussi de la manière dont il est traité par le cerveau. Le stress, l'anxiété, les émotions ou encore la fatigue peuvent majorer considérablement le retentissement des acouphènes.
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont aujourd'hui les approches dont l'efficacité est la mieux démontrée, notamment dans les formes sévères. Elles permettent d'améliorer la qualité de vie, le sommeil et la gestion de la détresse liée aux acouphènes.
D'autres approches peuvent également être proposées, comme la sophrologie, la méditation, les techniques de relaxation ou l'hypnose. Leur objectif est d'aider le patient à mieux gérer son stress, à diminuer l'attention portée à l'acouphène et à favoriser sa neutralisation progressive.
Enfin, une bonne hygiène de vie, un sommeil de qualité et une activité physique régulière constituent des éléments importants de la prise en charge. Certaines thérapies complémentaires, comme l'acupuncture, peuvent également trouver leur place chez certains patients.
Les médicaments
À ce jour, aucun médicament n'a démontré d'efficacité spécifique sur l'acouphène lui-même. En revanche, certains traitements peuvent être utiles dans des situations particulières, notamment en cas de surdité brusque récente ou pour prendre en charge des troubles associés comme l'anxiété, la dépression ou les troubles du sommeil. Les médicaments ne traitent donc pas directement l'acouphène, mais peuvent parfois améliorer les symptômes ou les situations qui l'accompagnent.
Innovations et perspectives
La recherche sur les acouphènes est très active. De nouvelles approches sont actuellement à l'étude, comme les thérapies intra-cochléaires de nouvelle génération ou certaines techniques de neuromodulation visant à agir sur la plasticité cérébrale. Ces traitements restent pour l'instant expérimentaux et font l'objet d'essais cliniques, mais ils constituent des pistes prometteuses pour l'avenir.
Il est également essentiel de mieux faire connaître les acouphènes. Trop de patients souffrent encore en silence alors qu'il existe des solutions pour les aider. Les acouphènes peuvent avoir un impact important sur le sommeil, la concentration, la vie sociale et l'équilibre émotionnel. Comprendre, soutenir et orienter les personnes concernées vers les ressources adaptées est donc fondamental.
Cette prise en charge repose souvent sur une approche pluridisciplinaire associant médecins, audioprothésistes, psychologues, sophrologues et autres professionnels de santé. Les associations de patients, comme France Acouphènes, jouent également un rôle précieux en apportant information, écoute, soutien et partage d'expérience aux personnes concernées.
Docteur Sebestyen Andra
Centre d’Expertise en Implant Cochléaire et Auditif
Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild