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Exposition Edvard Munch le 12 janvier 2023

   

  Nous étions 12 à nous retrouver au Musée d’Orsay le 12 janvier 2023 pour voir l’exposition Edvard Munch, Un poème de vie, d’amour et de mort.

 

  Pour le grand public Edvard Munch se trouve  souvent réduit à une seule image : son tableau Le Cri. Une toile élevée au rang d’icône au point d’éclipser l’intégralité de son œuvre.

     Devant la grande affluence des visiteurs, Isabelle notre guide nous explique que la France ne possède que 2 toiles de Munch dans ses collections, dont une au Musée d’Orsay. Par ailleurs, une exposition « Munch et la France » s’est tenue en 1991 au Musée d’Orsay, consacrée à la première période de sa création, située à la fin du XIXème siècle. Et une seconde exposition « Edvard Munch, l’Oeil moderne » a été organisée en 2011 au Centre Pompidou, centrée sur sa grande modernité, avec notamment la pratique de la photo et du cinéma dans la seconde période de sa carrière, au cours de la première moitié du XXème siècle.
  Afin de réhabiliter la figure du peintre norvégien dans l’histoire de l’art, le Musée d’Orsay lui consacre une grande rétrospective, parcourant l’ensemble de sa carrière en rassemblant une centaine de ses chefs-d’œuvre, à l’exception du Cri, dont on pourra voir plusieurs esquisses.      

  Edvard Munch (1863-1944) est l’une des grandes figures artistiques de la modernité, à la charnière des XIXème et XXème siècles. Son histoire personnelle est marquée très tôt par l’expérience de la maladie et de la mort. Sa mère meurt de tuberculose lorsqu’il a 5 ans. Il sera élevé par sa tante maternelle au tempérament d’artiste qui l’initie au dessin. Il a 14 ans lorsque Sophie sa sœur aînée meurt de la même maladie et son frère Andreas, jeune marié, meurt à son tour de pneumonie à l’âge de 30 ans. Munch vit dans l’angoisse de perdre toute sa famille. Contre l’avis de son père, il se lance à 17 ans dans l’étude de la peinture où son talent se révèle. Il est admis à l’Ecole royale de dessin de Christiania (future Oslo).

  Une partie de son œuvre exprime ce sentiment de peur face à la maladie. En 1885 il peint une de ses premières toiles importantes, en hommage à sa sœur Sophie, L’enfant malade. Raturée en partie et marquée de griffures profondes, la surface de ce tableau hors norme est subtilement brouillée, comme pour mieux évoquer un regard embué de larmes, devant une mort annoncée. Une puissante intensité émotionnelle toute intérieure. Mais le public et les critiques de l’époque, encore très attachés au naturalisme, n’y virent qu’un infâme « barbouillage ». Et pourtant Munch est l’élève de Frits Thaulow (le beau-frère de Gauguin), par qui il obtient une bourse pour aller à Paris. Là il découvre l’avant-garde de la création picturale. Il est immédiatement fasciné par les impressionnistes, qui vont influencer sa peinture. Il fera plusieurs voyages en France et se rendra à Paris presque tous les ans.

  Ses premiers contacts avec le public, qui voit en lui un jeune fanfaron indiscipliné et provocateur, l’incitent à penser que ses toiles seront peut-être mieux comprises si elles font partie d’un ensemble. D’où son projet de les rassembler en une grande Fresque de la Vie, qu’il décrit comme « un poème de vie, d’amour et de mort ». C’est à Berlin, en 1902, que Munch choisit pour sa Fresque de la Vie une articulation thématique en quatre étapes, qui confère à son œuvre sa grande cohérence :

    L’Eveil de l’Amour, auquel on peut rattacher par exemple son tableau La Puberté (1894), où une jeune fille nue est assise de façon inconfortable sur le bord du lit dans un sentiment d’instabilité menaçante, les yeux écarquillés, croisant les bras dans un geste de pudeur, comme livrée sans défense à un avenir inconnu.

  L’Epanouissement et Le Déclin de l’Amour, avec Le Baiser (1897), où l’on voit deux silhouettes dans l’obscurité, dont les visages sont fondus l’un dans l’autre. Impossible de distinguer leurs traits. Ne reste que la fusion de ces deux êtres liés par un unique baiser.

  Ou bien avec Mélancolie (1894), où au premier plan un homme seul assis sur la plage contemple la mer comme le reflet de son âme tourmentée. En arrière-plan un couple marche sur un ponton pour une excursion en bateau. Souvenir malheureux de sa liaison passée avec une femme mariée. C’est l’un de ses premiers tableaux symbolistes.

  L’Angoisse de Vivre, avec par exemple Soirée sur l’Avenue Karl-Johann (1892), qui exprime l’angoisse et la solitude au sein d’une foule humaine. En coupant les personnages à hauteur de poitrine, leur flot puissant paraît encore plus proche et menaçant et leurs visages blafards aux regards fixes en accentuent l’aspect inquiétant.

  La Mort, avec Près du lit de mort (1895), en lien direct avec l’un de ses premiers chefs-d’œuvre L’Enfant malade. On devine Sophie sur son lit de mort, veillée par les membres de sa famille. Contraste puissant entre la blancheur du lit, le brun-rouge du mur et la grande zone d’ombre noire réunissant la famille, d’où n’émergent que les visages et les mains.   

  La production de Munch se caractérise par un travail intensif sur la mémoire, ce qui l’amène à reprendre de nombreuses fois les thèmes qui l’intéressent. Ainsi réalise-t-il une douzaine de versions différentes de sa Frise de la Vie. De même de 1882 à 1943 il peint plus de quarante autoportraits, sans concession, pour mieux se dévisager et traduire ses tourments, de l’Autoportrait à la Cigarette (1895) dans une ambiance brumeuse et tendue à l’Autoportrait en Enfer (1903) où le peintre nu émerge des flammes.

     Entre 1894 et 1895, il peint cinq versions de La Madone, son œuvre la plus connue, après Le Cri. Une œuvre symboliste, étrange et ambigüe par le titre choisi par son auteur, où l’on voit une jeune femme à la poitrine nue, dans une position lascive d’abandon, un bras derrière la  tête, l’autre derrière le dos, les cheveux se confondant avec la nuit et dont le visage semble endormi et mortuaire. Son corps offert évoque le désir cohabitant avec la mort (éros et thanatos). Il fera plus de 250 lithos de La Madone, qui devient de son vivant l’une de ses œuvres les plus vendues. Ses relations amoureuses l’ont convaincu que la femme prive l’homme de sa force intérieure et de sa liberté, comme l’exprime Vampire (1893), tableau choisi pour l'affiche de l'exposition que l'on voit en haut de cette page.
 
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  Métabolisme (1899) est un tableau important. A gauche une femme à la chevelure rousse, à droite un homme. Tous deux sont nus et se font face. Au centre un arbre. Une évocation d’Adam et Eve, avec un cadre en bois à la manière de Gauguin, où sont sculptées en bas les racines de l’arbre et en haut une représentation de la Jérusalem Céleste.

  C’est en Allemagne que Munch connaît ses premiers grands succès durables. Au début du XXème siècle son talent est d’abord reconnu par des collectionneurs privés, comme Max Linde qui lui passera de nombreuses commandes et par deux galeries, Cassirer à Berlin (1901) et Commeter à Hambourg (1903).

  C’est à Paris, à partir de 1890, qu’il se passionne pour le théâtre, si bien qu’on lui propose en 1896 de réaliser les affiches du Peer Gynt de son compatriote Ibsen au Théâtre de l’Oeuvre. Et dix ans plus tard à Berlin, le metteur en scène Max Reinhardt, lui demande de dessiner des « esquisses d’ambiance » pour les décors et les personnages de deux pièces d’Ibsen, afin qu’il s’en inspire.

  Jeunes Filles sur le Pont (1901) présente trois jeunes filles de dos, accoudées à la rambarde, et regardant la rivière. Un thème dont l’artiste proposera 12 versions différentes. De même avec Hommes se baignant (1907), où l’influence de son ami Nietzsche se traduit par la vitalité de ce groupe d’hommes.

         

  Depuis près de vingt ans Munch aime à fréquenter les lieux culturels de la bohème, d’abord à Christiania puis à Berlin. Sa vie personnelle s’en ressent, devenant de plus en plus tumultueuse, excès d’alcool, drogues, jeux, fatigue, dépression nerveuse, hallucinations. Avec La Mort de Marat (1907) apparaît sa hantise de la mort. En 1908 il se rend à Copenhague pour y être interné dans une clinique privée. Il en ressort apaisé huit mois plus tard. Le temps de la bohème est révolu. Il s’installe en Norvège et achète une propriété sur les bords du fjord d’Oslo. Désormais Il ne voyage plus que pour se rendre dans les villes où l’on expose ses œuvres. Sa célébrité augmente et la fortune enfin lui sourit. Il reçoit de nombreuses commandes monumentales, comme pour la salle des fêtes de l’Université d’Oslo, où il peint son immense tableau Le Soleil (1912). La même année il expose à Cologne 32 toiles, en même temps que Van Gogh, Gauguin et Cézanne.

  La Nuit étoilée (1922) fait écho à celle peinte par Van Gogh (1888). Autoportrait caché dans l’ombre solitaire de l’artiste contemplant l’horizon glacial depuis la véranda dans l’obscurité de la nuit percée d’étoiles. Par plans superposés, depuis l’étendue de neige autour de la maison, l’œil remonte vers le lointain dominé par les lumières de la ville avant de rejoindre l’infini du ciel. Ce très beau paysage est l’une des dernières toiles que nous voyons en quittant à regret cette remarquable exposition.   

  Jacques Décréau