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Une bibliothèque dans un Palais

 Visite de la bibliothèque Richelieu le 10 novembre 2023

 

Des bibliothèques, chaque Institution, ou presque, a la sienne (même la Cour des Comptes !), mais la Bibliothèque nationale de France (la Bnf) possède l’un des fonds les plus riches du monde. Chargée de collecter, archiver et entretenir tout ce qui se publie ou s’édite en France, elle est aussi gardienne du patrimoine hérité des collections antérieures, qu’il s’agisse de monnaies, de médailles, ou de cartes ; Bibliothèque patrimoniale, elle reçoit tout le dépôt légal des estampes, partitions, photos …. Elle a transmis ces collections de roi à roi, puis à la république. Elle se compose actuellement de quatre sites en région parisienne, Richelieu, Arsenal, Opéra et François Mitterand, plus un site à Avignon, la Maison Jean Vilar, et un Centre de conservation et de rénovation des documents au Château de Sablé-sur-Sarthe. Elle abrite des dizaines de millions de documents, en voie de numérisation (Gallica).

C’est le site Richelieu que Solange nous a proposé de visiter, pour notre très grand plaisir. Ce vendredi 10 novembre 2023 nous étions 15 à nous retrouver dans la Cour d’honneur de l’ancien Palais Mazarin (entrée Richelieu pour les groupes, l’entrée des particuliers se fait, elle, par le beau Jardin Vivienne) : vaste et majestueuse, cette Cour est bordée d’édifices appartenant à des époques très différentes et nous comprenons d’emblée que l’histoire de ce lieu s’est étendue sur des siècles. Ce que nous confirme notre médiatrice, Julie Bellamy, qui nous prévient « la visite ne nous fera pas suivre un ordre chronologique », que la succession des reconstructions, démolitions, rénovations, extensions, rend totalement impossible ; peu importe, avec elle nous irons de belles découvertes en surprises émerveillées.

 


 
    Pétrie de culture et d’humour (et fort modeste au demeurant) , notre guide a su pimenter d’anecdotes inoubliables  notre voyage dans des siècles de culture : Dagobert ne s’est jamais assis sur le trône de Dagobert… mais Napoléon 1er l’a fait en 1804 à l’occasion de la première Légion d’Honneur ; Prosper Mérimée a présidé la Commission chargée…d’étudier les défauts de la Bibliothèque ; au plafond de la Galerie Mazarin la très prude Hortense Mansini, nièce et héritière de Mazarin, et son dévôt mari, ont fait peindre une cinquantaine de voiles de pudeur sur les fresques de Romanelli, les nus originels ont ensuite été dévoilés par des restaurateurs…pour être rhabillés à nouveau… puis rendus à leur aspect d’origine… 

 Et nous apprenons encore que la grandiose salle Labrouste est décorée de 36 médaillons d’écrivains, dont celui d’une seule femme : la marquise de Sévigné ! Julie Bellamy insiste à plusieurs reprises sur la marée d’œuvres qui inonde la Bibliothèque, du fait de dons, d’achats, de vols ou saisies (les révolutionnaires ont pillé la Basilique de Saint-Denis), de trouvailles (dans des greniers, des champs…). Nombre de ces œuvres sont stockés dans de grands Magasins qui ne se visitent pas. Elle nous montrera cependant un exemple de conservation verticale des cartes.

Durant les deux heures passées sous la houlette de notre guide nous nous débarrasserons aussi de certaines idées reçues, comme celle de la nécessité de manipuler des documents anciens avec des gants (qui nous donnent, assure-t-elle, un contact imprécis et peuvent nous conduire à des maladresses de manipulation), rien ne vaut une peau propre et sèche ; ou comme celle de réserver le mot « documents » aux seuls livres et œuvres sur papier (papyrus), alors que monnaies ou médailles, par exemple, sont de magnifiques sources de connaissance !

 

Mais je m’égare, ce qui est très facile en ce lieu magique, dans lequel, nous dit-elle aussi, il « ne faut jamais se fier aux apparences » !

Julie Bellamy nous donne avant le démarrage de notre périple à travers la Bibliothèque Richelieu quelques indices historiques, évoquant la transmission des collections du roi à une bibliothèque de la république ouverte aux chercheurs.  C’est d’abord l’histoire d’un Palais (1635) dont l’hôtel principal est loué au Cardinal de Mazarin (1643) pour y abriter ses collections et sa bibliothèque ; nous retenons trois noms d’architectes qui ont joué un rôle fondamental dans l’évolution du lieu : François Mansart (1598-1666), Henri Labrouste (1801-1875) et Jean-Louis Pascal (1837-1920) ; de l’abondance de dates, nous en garderons quelques-unes :

1644 - Mazarin confie un grand chantier à Mansart, la construction de deux galeries superposées qui deviendront des écrins pour les œuvres d’art du Cardinal, un des plus grands collectionneurs d’Europe.

1721 – Le Palais est devenu Bibliothèque royale. Sur un arrêt du roi Louis XV il ouvre ses portes au public.

1854 – début des années Labrouste : les collections se sont accrues de manière vertigineuse, on cherche le moindre gain de place ; les lecteurs affluent, les salles de lecture s’avèrent trop petites ; la Commission Mérimée décide des travaux de grande envergure, l’architecte Labrouste en est chargé. Salles immenses, liaisons pratiques, espaces dédiés. En 1875, à sa mort, l’architecte Pascal poursuit son œuvre grandiose.

1882 – Les habitations et commerces, très dangereux (risque d’incendie) sont enfin démolis, l’espace libéré, et le quadrilatère achevé.

1988 –Décision de la construction de la Bibliothèque François Mitterrand, « Bibliothèque de France » qui accueillera la totalité des collections imprimées et audiovisuelles.

1993 – Fusion de la Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque de France : la BNF.

 

Principales étapes de la visite : d’abord les salles de lecture

- La salle de lecture Labrouste, chef d’œuvre d’inspiration byzantine (alors que le hall est néo-étrusque) est éclairée par 9 coupoles revêtues de carreaux de faïence et qui reposent sur des arcs de fer. À l’origine, la lumière solaire se réverbérait sur les murs, de gros calorifères chauffaient la salle, et des tuyaux d’eau chaude passaient sous les tables (équipées d’encriers). L’électricité alimente désormais les ordinateurs et les lampes individuelles des lecteurs, qui bénéficient de la climatisation.

- À l’étage, nous empruntons un long corridor vitré, au-dessus de la Cour, qui permet, depuis 1870, de transporter de milliers de livres à l’abri de la pluie. Nous apprenons par exemple que 40.000 livres sont partis à l’Institut de France (Bibliothèque Mazarine). Que les documents non publiés témoins de notre histoire administrative sont partis aux Archives.

- La salle de lecture des Manuscrits et de la musique est desservie par deux remarquables escaliers à vis et tapissée de boiseries anciennes. Il faut avoir 18 ans pour être autorisé(e) à consulter les documents, et tout chercheur doit prouver une nécessité impérieuse pour voir les originaux (nombre de documents sont numérisés et donc plus accessibles). La bibliothèque abrite de nombreux trésors dont le Papyrus Prisse, l’un des plus anciens manuscrits connus au monde (2000 ans avant JC) ; écrit en égyptien hiératique, il mesure 7 m de long.

- La salle de lecture des Arts du spectacle a été entièrement rénovée, et permet la consultation de grands formats, dans une ambiance de bois clair. À noter, un rideau en bois qui festonne au plafond.

 

Puis nous entrons dans la partie Musée, où les collections de documents accumulés depuis Louis XI sont offertes au plaisir des visiteurs. Les salles présentent des ambiances très diverses, ce qui ne veut pas dire que les concepteurs le sont.

- La salle des colonnes évoque un temple antique et parle des civilisations de l’Antiquité. On peut y admirer, entre autres, un « bracelet d’accouchée », un « Kudurru » (écriture cunéiforme). Au fond, deux très beaux médailliers avec des panneaux en laque de Chine.

- Le cabinet précieux, dont le plafond est orné de 4 grands médaillons dorés, accueille des collections en métal. Surprenant : on trouve dans une vitrine un trésor d’argenterie romaine et gallo-romaine découvert en 1830 par un paysan dans son champ.     

 

    - La salle de Luynes : le duc de Luynes, grand collectionneur d’antiquités, dont 7000 monnaies, essentiellement passionné par les représentations de la guerre et des armes, a fait don de sa collection à condition qu’elle soit exposée dans une salle portant son nom, ce qui ne fut pas simple à obtenir. Le jour de l’inauguration tant attendue arrivé, il offrit au conservateur une épée, avec ces mots : « monsieur, je vous rends les armes ». À admirer, entre beaucoup d’autres, un cratère en calice, et un olifan en ivoire.

 

- Le salon Louis XV dont le décor et le mobilier XVIIIème constituent un ensemble unique au monde : 8 médailliers, une table aux dimensions exceptionnelles ; remarquables aussi, 4 dessus-de porte dus à François Boucher, les trumeaux dus à Charles Natoire et Carle van Loo, et les portraits de Louis XIV et Louis XV (copies de Hyacinthe Rigaud).        

 

    - La Galerie Mazarin, un des rares exemples de galerie baroque conservé, court sur plus de 45 m, et sa voûte à fresque du XVIIème fait 280 m2 ; Giovanni Romanelli s’y est inspiré de la mythologie gréco-romaine. Les murs étaient recouverts de damas rouge cramoisi, décor que Labrouste a recréé (passementeries en trompe-l’œil).

 Pour la Galerie, c’est l’année 2 de l’installation du nouveau musée, avec une exposition intitulée Révolutions, un parcours qui nous invite à découvrir des objets et des documents témoins des révolutions techniques, esthétiques, politiques. Présentés de manière chronologique, du 14ème au 21ème siècle, ils donnent un aperçu de l’incroyable richesse des collections de la Bibliothèque (il y a une rotation des œuvres présentées).

         

 Nous nous arrêtons un instant auprès du trône mérovingien dit « de Dagobert ». Et puisque nous sommes dans une bibliothèque, notre guide choisit d’attirer notre attention sur un manuscrit, le Roman de Fauvel, poème satirique du Moyen-Âge : le texte allégorique raconte l'histoire de Fauvel, un âne ou cheval qui s'approprie la maison de son maître, et est interprété comme une critique de la corruption de l'Église et du système politique. Le nom du protagoniste, Fauvel, est un acronyme des six principaux défauts du siècle : la Flatterie, l'Avarice, la Vilenie (« U » typographié en V), la Variété (inconstance), l'Envie et la Lâcheté.

Dans les vitrines, des œuvres dont chacune mériterait une ode, et qui nous parlent de l’invention de l’imprimerie, des nouvelles représentations de la Terre, de la psychanalyse, de Niki de Saint Phalle… jusqu’à nous conduire à des affiches de Mai 68…

 

Nous pensons avoir fait le plein de découvertes et d’émerveillement…et pourtant ! Pourtant, une belle émotion nous attend encore : la découverte de la Salle Ovale !

    C’est le paradis des lecteurs, d’un volume impressionnant et bénéficiant d’un superbe éclairage naturel grâce à une verrière au plafond (décorée de feuilles d’acanthe dorées), et, tout autour, à 16 oculi entourés de mosaïques (Art nouveau). La partie centrale, aménagée de profonds fauteuils, appelle à la lecture : plus de 20.000 volumes sont proposés pour découvrir en famille l’histoire des arts et du patrimoine, du numérique, de la bande dessinée. La salle bénéficie d’une entrée indépendante par la rue Vivienne et le charmant jardin éponyme (autrefois hortus papyrifera, où furent plantés des papyrus…).

 On quitte ce lieu à regret, on ne peut s’y résoudre qu’en décidant d’y revenir, avec des petits-enfants si on en a, pour leur faire ressentir la dimension magique du livre en particulier et de la culture en général.

           

Et on peut se remettre de ses émotions en allant siroter un thé dans la belle Galerie Vivienne…

PS : la prochaine fois, je demanderai un siège-canne à l’accueil : ils en ont !

 

Françoise Gicquel