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Visite du musée Cernuschi le 13 mai 2026

 

Henri Cernuschi fit construire son hôtel particulier entre 1873 et 1874, afin d'y abriter les collections d'objets qu'il avait amassés au cours de son voyage autour du monde, soit environ 4 000 pièces. Avant son décès, dans les années 1880, il annonça qu'il lèguerait à la ville de Paris son hôtel particulier ainsi que ses collections asiatiques. Il mourut en 1896, et en octobre 1898, le musée ouvrit ses portes. Ce musée, consacré à l'Asie, ne se limite pas à une collection privée, car il s'est enrichi au fil du temps par l'acquisition d'autres œuvres.

La seconde salle est dédiée à la dynastie des Shang, qui régna entre 1500 et 1050 avant Jésus-Christ. À cette époque, le territoire chinois était bien plus restreint qu'aujourd'hui, et le développement se concentrait autour de la ville d'Anyang, située dans la région du fleuve Jaune, le Yang Tsé Kiang. Les Shang ont laissé des traces écrites, contrairement à d'autres clans. Dans les vitrines, on peut observer les premiers caractères chinois gravés sur des os divinatoires. L'écriture chinoise, bien que la plus ancienne encore en usage, n'est pas la première à apparaître, cette dernière étant l'écriture cunéiforme. Les caractères chinois ont évolué dans leur forme, mais leur mode d'écriture reste similaire à celui de la période des Shang.

  On peut également admirer des vases, qui servaient de supports d'écriture, tout comme les os divinatoires. Ces vases, en bronze, étaient utilisés lors de grandes cérémonies. Parmi eux, se distingue un grand vase destiné au stockage d'alcool. Ce vase, contrairement aux autres, n'est pas oxydé, ayant été nettoyé à une époque indéterminée. Les vases oxydés ne sont pas nettoyés, car l'oxydation est une preuve de leur ancienneté.

 

La salle suivante est consacrée à la période du règne des Zhou, prononcé « you », qui s'étend de 1050 à 256 avant Jésus-Christ. Cette période, particulièrement longue, voit le bronze conserver une importance majeure, tant sur le plan cultuel que symbolique. Les vases de cette époque, bien que similaires à ceux de la période précédente, sont encore plus imposants. Ces objets, gravés, constituent des sources documentaires précieuses pour la connaissance de cette période.  

 

  Dans la salle du Grand Bouddha, on peut admirer une statue monumentale de Bouddha, pesant environ deux tonnes et demie. Henri Cernuschi acquit cette œuvre à Edo, l'actuel Tokyo. Ce Bouddha, provenant d'un temple incendié, fut découpé en morceaux au niveau des articulations pour être transporté et remonté lors de sa première exposition au Palais de l'Industrie, aujourd'hui le Grand et le Petit Palais. Sur le mur du fond, une grande frise couvre presque toute la largeur du mur. On peut également y voir de nombreux petits objets funéraires destinés à recréer l'univers du défunt dans sa tombe.

À partir de la dynastie des Han, qui régna de 206 avant Jésus-Christ à 220 de notre ère, la croyance dans l'au-delà se fixa. Selon les croyances de l'époque, un être humain possédait deux âmes : l'âme légère, qui montait au ciel, et l'âme lourde, qui restait dans la tombe et nécessitait des soins. D'où la profusion d'objets funéraires, destinés à la vie quotidienne et au divertissement, tels que des statuettes représentant des artistes. Le panthéon divin était particulièrement développé, avec une figure essentielle : l'immortel. La notion d'immortalité était importante, et les immortels étaient censés vivre dans des montagnes mythiques, difficiles à localiser car elles reposaient sur des carapaces de tortues de mer en mouvement. L'immortalité pouvait être acquise en visitant le jardin de l'immortalité, dirigé par la reine mère de l'Ouest, où des pêches mûrissaient tous les 3 000 ans. Si l'on se trouvait au bon moment, il était possible de consommer ces pêches et ainsi devenir immortel. Il est à noter que les tombes sont fouillées pour les besoins archéologiques, à l'exception des tombes impériales, qui ne sont jamais explorées. Le souverain, considéré comme le fils du ciel, disposait d'un mandat céleste, lequel pouvait être révoqué en cas de catastrophes survenant durant son règne, signifiant la perte de ce mandat et son remplacement par un autre dirigeant.

Dans les vitrines, on peut également observer de nombreux objets en porcelaine. L'art de la porcelaine s'est développé en Chine à partir du VIIIème siècle, avec les proto-porcelaines. Le grand essor de la porcelaine chinoise eut lieu au XIVème siècle, tandis qu'en Occident, cet art ne se développa qu'au XVIIIème. La porcelaine fut produite en série, et les négociants pouvaient choisir les objets ainsi que leur quantité dans de grands catalogues.  

Parmi les objets exposés, on trouve des statuettes datant de l'époque des Tang, dynastie ayant régné de 618 à 907 de notre ère. À cette époque, la capitale des Tang, Chang'an, était un quadrilatère de 8 km sur 9, bien plus vaste que le Paris de l'époque. Le commerce de la porcelaine atteignit son apogée au XVIIème siècle, avec l'apparition des compagnies des Indes Orientales en Europe, notamment françaises, anglaises et hollandaises, la plus célèbre étant la compagnie hollandaise. Les objets étaient fabriqués selon les besoins des Occidentaux, comme une boîte-écritoire avec de l'encre, un objet inutile pour les Chinois.

La visite s'est achevée par une exposition temporaire consacrée à l'artiste coréen Chin Sung, né en 1948 et décédé en 2009. Installé à Paris dans les années 1980, il réalisa toute la suite de sa carrière en France. Son œuvre repose sur une interrogation unique : qu'est-ce qu'une peinture ? Il utilisa d'abord la technique des bandes, qu'il peignait, puis reliait en nouant des nœuds.         
        Il expérimenta également d'autres techniques, s'intéressant notamment à l'hyperréalisme et à l'exploitation de la matière. Il travailla avec divers matériaux, tels que la toile de jute ou le carton, et pratiqua la technique de la déchirure des peintures, consistant à déchirer une toile peinte en bandes avant de les recoudre ensemble, tâche réalisée par son épouse. Il exploita également la perspective et les jeux de lumière, interrogeant sans cesse la définition de la peinture et notre perception.

Cette visite, particulièrement enrichissante, nous a permis de découvrir les différentes périodes impériales chinoises ainsi qu'un peintre encore méconnu, auteur d'une œuvre variée et remarquable.

Jean-Pierre Lincot