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L’odyssée d’un implanté musicien

 

 

      Tout a commencé en 1978 : je jouais de la musique avec divers musiciens amplifiés. En allumant l’ampli du bassiste, oreille contre le haut parleur de 2 mètres de haut, celui-ci joue aussitôt la note la plus grave et, l’ampli étant resté à la puissance maximale, j’ai ressenti comme un électrochoc et mes oreilles se sont mises à siffler puissamment. Ces acouphènes ne m’ont jamais quitté et, à l’inverse, les fréquences se sont multipliées.

Je suis allé consulter le Pr Chouard qui m’a fait passer un audiogramme et a conclu qu’avec une courbe en petite cuillère, l’impact du traumatisme sonore était en train de me rendre sourd, mais que si mon audition continuait à diminuer, il me proposerait l’implant cochléaire. Dans la presse médicale de l’époque, je lisais qu’avec cet appareil monocanal, des personnes demandaient son retrait au bout de 6 mois car cela leur permettait juste de percevoir son/non-son sans rien pouvoir identifier.  Je me suis alors connecté sur Surditel via mon Minitel et j’ai aussitôt sympathisé avec Martine et Marc Renard qui m’ont fait découvrir l’ARDDS. Je suis d’ailleurs toujours en lien avec des membres de cette association. Marc Renard m'a remis plusieurs liasses de papiers qu'il avait copiés à la machine à écrire compilant de courtes blagues sur les sourds. Cela m'a donné l'idée d'en écrire à mon tour pour les  dire et les jouer comme des sketchs à la Devos (voir deux exemples en cliquant ici et ). Mon premier recueil s'appelait ‘Mieux vaut sourd que jamais’. Il incluait mon poème Foxy Phot’ dédié à Marc Renard qui se surnommait FOX (pour lire le poème, cliquer ici).

Durant les années 1980 j’étais professeur de musique et de philosophie. Au milieu de cette décennie, je n’arrivais plus à comprendre ce que disait un élève me parlant du fond d’une classe de quarante terminales. J’ai donc dû demander à travailler comme éducateur scolaire par demi-classes, mais durant l’année 1986 il m’est devenu progressivement difficile de tout comprendre. Je me suis retrouvé au chômage car aucun employeur n’imaginait qu’un professeur puisse « faire l’affaire » sur un autre poste, même en oubliant mon problème auditif.

En 1987, j’ai dû me résoudre à porter une prothèse intra-auriculaire. Cela m’a permis de travailler ponctuellement un mois ici, un mois là. J’ai même été engagé par les Orphelins apprentis d’Auteuil pour monter une comédie musicale ! Je travaillais à partir de mon oreille interne, comme un certain Ludwig au point que lorsque Internet est apparu, Ludwig était mon pseudonyme. Il faut dire que même avec une audition en peau de chagrin, je n’ai jamais cessé de composer de la musique et de jouer de nombreux instruments et même d’interpréter toutes les parties pour les démos de chanteuses et chanteurs, le tout avec l’aide visuelle des tables de mixage. Je cherchais également à chanter tant que faire se peut et en 1983, plusieurs de mes chansons passaient à la radio. La même année j’ai travaillé à la radio RTC (Radio Télé Châtenay), j’y recevais des chanteurs et des chanteuses désirant se faire connaître. Inconsciemment, dans ces face à face, j’utilisais la lecture labiale.

Un an après, cela ne convenait plus au niveau finances et communication professionnelle,  donc retour à la case chômage, avec à nouveau un mois ici (moniteur de CAT) ou là (Educateur de rue). Ensuite, en 1988-1989, j’ai suivi, successivement une formation sur la communication puis la formation SERAC pour enseigner aux sourds. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré l’audioprothésiste Eric Bizaguet qui m’a dit que des contours d’oreille me permettraient de retrouver une audition satisfaisante. Je crois qu’il m’a fait tester toutes les marques. Aucune ne me donnait satisfaction. Jusqu’à ce qu’il me parle d’une prothèse que je pourrai programmer moi-même. Et ce fut une révélation car avec ce « Quatro », je pouvais régler à l’oreille et aux doigts 4 programmes différents. Cela dit, assez-vite l’oreille droite ne répondait plus à l’appel… suite à l’utilisation d’un marteau perforateur probablement.  J’ai  effectué des stages dans des établissements recevant des sourds-signeurs et d’autres réservés à l’enseignement via la lecture labiale. C’est d’ailleurs au cours Morvan que je me suis lié d’amitié avec Emmanuelle Laborit et comme nous avions à SERAC une interprète intéressée par les prestations d’un sourd-entendant,  j’ai écrit une chanson intitulée 'Un pont' et dont le refrain disait «Un pont, il est grand temps de faire un pont, entre le sourd et l’entendant. Que chacun connaisse le nom de l’autre qui est différent». Durant cette formation j’étais responsable des tournages vidéo et un clip devait voir le jour. Les engagements de l’une et de l’autre (IVT pour Emmanuelle et L’œil et la main sur France 5 pour Dominique) n’ont pas permis de donner corps au projet.

Au terme de ma formation Serac, M. Dumayet, président de l’association, a jugé que le principe 'un malentant pour un sourd' n’étais plus souhaitable et je me suis retrouvé… au chômage. En 1990, j’ai alors travaillé comme contractuel au SIEC (Service Inter académique des Examens et Concours) où j’ai passé moult concours dont l’un m’a permis de devenir responsable d’un laboratoire audiovisuel universitaire de l’Education Nationale. On m’y a même nommé 'Expert Son'. Je montais et mixais tout quasiment avec les yeux ! J’y ai également monté deux ateliers de MAO (Musique Assistée par Ordinateur). Je préparais également les étudiants à l’épreuve de musique du concours. Malgré tout, mon audition déclinait continuellement. J’ai dû progressivement passer de l’audio-visuel à la documentation, toujours spécialisé dans le 'non imprimé'.

En juin 2003, nouveaux traumatismes à la fois sonores et physiques, mais cette fois durant une semaine de violences conjugales. Un matin je me réveille et je n’entendais absolument PLUS RIEN ! J’ai consulté en urgence mon ORL qui m’a envoyé durant une semaine faire des séances de caisson hyperbare dans un hôpital de banlieue nord. Sans résultat. L’idée m’est venue de me renseigner sur l’implant cochléaire sur Internet. J’ai lu tout de suite des échanges sur le forum du CISIC et j’ai contacté Catherine Daoud, sa présidente. Elle m’a aussitôt incité à rencontrer le Professeur Bernard Meyer à l’hôpital Saint Antoine à Paris. Ce professeur m’a reçu dans des délais étonnamment courts, grâce à la diligence de sa secrétaire Dominique Fontaine. Lors de cette visite  je n'entendais plus du tout de l'oreille droite mais je m'en sortais pas mal avec le contour à puissance maximale sur l'oreille gauche. Sachant que rien n'était joué, le professeur a préféré implanter l'oreille droite même si celle-ci ne fonctionnait plus depuis des années. Je n’ai retenu qu’une phase de ce que m’a dit ce professeur : « Vous allez vivre une véritable renaissance ! ».

Le 1er décembre 2003, après mes deux ablutions de Bétadine, je me retrouve sur le billard pour recevoir un implant Nucléus 3G flambant neuf ! Peu de temps après, je suis revenu chez moi et je me suis connecté au forum des implantés. J’y ai raconté que mon implantation s’était bien passé mais que tout le côté droit de mon visage était partiellement paralysé et surtout que je voyais flou de l’œil droit. Parallèlement, j’ai donc demandé un RV avec un ORL de Saint Antoine.  Celui-ci m’a rassuré et a conclu que tout allait vite revenir à la normale, ajoutant que ça pouvait venir soit de l’intervention, soit d’une petite infection nosocomiale. Une semaine plus tard tout était effectivement rentré dans l'ordre.

Puis arriva le moment de retourner à St Antoine pour rencontrer l’orthophoniste Claude Fugain qui me remit et régla mon processeur. Elle m’a demandé pour chaque fréquence si c’était confortable ou trop fort. A chaque fréquence, je ressentais une saturation à partir de quelques manipulations d’augmentation de volume. Par bonheur Claude faisait équipe avec Lucille qui, elle, était musicienne. Le courant est tout de suite bien passé entre nous et en ne forçant rien elle a réussi à limiter cette saturation et à m’habituer à reconnaître les sons car, durant les premières semaines, tout se ressemblait : aspirateur, téléphone, TV etc. Par la suite, Lucille m’a reçu dans son cabinet et, me sachant musicien, elle m’a exercé à reconnaître le son des instruments de musique sur son synthétiseur. Elle m’a aussi fait connaître les séances de musique pour les implantés boulevard Reille à Paris dans la communauté de sœur Jacqueline, elle aussi implantée. On se délectait à retrouver le plaisir d’entendre de vrais instruments de musique joués par une sœur asiatique poly-instrumentiste. Je me suis rendu compte que je n’entendais pas à la même hauteur par mes deux oreilles : environ un ton d’écart entre l’oreille implantée et l’oreille non implantée. Cela donnait l’impression d’un 45t qui tourne sans le centreur. A s’en croire saoul…

Au sujet de l'oreille gauche : Sœur Jacqueline a été une des premières à demander l'implantation bilatérale et m’a conseillé de poser la question au Professeur Meyer. Celui-ci m'a demandé si j'avais perçu une légère perte de goût temporaire suite à mon implantation. Je lui ai répondu que ma semi paralysie faciale avait pu masquer le phénomène. Le Professeur m'a dit que lors de l'implantation il arrive que l'on sectionne le nerf gustatif me précisant qu'il était totalement indécelable car un cheveu semblerait une autoroute à six voix par rapport à sa taille minimaliste. Par conséquent il m'a demandé de prendre ma décision en connaissance de cause. M'en sortant bien avec juste une oreille implantée, je n'ai pas voulu courir le risque de perdre le goût. Je sais qu'avec les ans, il devient la source de nos seuls plaisirs...

Une seule certitude : rien n’était plus motivant pour moi que la musique pour faire des progrès en chaussant les bottes de 7 lieues. J’avais encore besoin de lecture labiale et une orthophoniste antonienne m’y entrainait deux fois par semaine. Jusqu’à ce que je découvre Fabienne Coulon, une orthophoniste qui a présenté son mémoire sur le thème 'Les implantés et le chant'. Je me suis aussitôt rué dans son cabinet et elle m’a proposé de relever le défi et de retrouver la justesse de la voix à partir de sensations corporelles et visuelles. Dans un premier temps, elle m’a invité à chanter des chansons entendues avant mon implantation. Ensuite j’ai apporté les partitions de mes chansons et ma guitare. Au début c’était vraiment très difficile car intérieurement j’avais l’impression de chanter juste, mais extérieurement j’entendais à la fois du juste et du faux avec mes deux oreilles. Grâce à son savoir faire, à des exercices de relaxation, de respiration et de suivi visuel d’une ligne imaginaire tout autour de la pièce, j’ai réussi petit à petit à revenir à quelque chose ressemblant à de la justesse. Si bien qu’elle m’a enregistré avec sa webcam. Arrivé chez moi, je faisais écouter (et voir) le résultat à mes enfants  (tous musiciens) qui n’en revenaient pas. J’ai donc osé poster une à une au long des mois et des années ces vidéos sur Dailymotion. Je sais aujourd’hui que pour un entendant c’est très loin d’être juste, mais c’était quand même un incroyable pari gagné.

En 2012, j’ai voulu aller plus loin et essayer de chanter sans implant. Pour ce faire je me suis filmé en m’accompagnant avec ma guitare et j’ai candidaté sur le site Zicmeup. Les auditeurs étaient invités à voter pour les 50 meilleurs qui monteraient sur scène à Paris pour le Zicmeup tour. Je fus le 50ème, in extremis ! Ma chanson Lady Dynamite commençait même à être connue. Lors du concert de mai 2012 où il y avait des implantés (dont Suzy Bassole de l’ARDDS et de Culture Accès) j’ai pu chanter sans implant et d’après la vidéo, ma voix était quasiment juste, mais peu poussée, certes.

Par la suite j’ai continué mes séances d’orthophonie durant quelques années, mais je ne voulais pas pousser le bouchon trop loin et j’ai arrêté de chanter et de m’enregistrer. Je suis passé quasiment du jour au lendemain de l’écriture de chansons à l’écriture de nouvelles, de poésies et également à la photographie.

            

Parallèlement, des chanteuses ont enregistré des CD sur mes compositions. Je pense notamment à Ophélie Morival (écouter ici).

Ci-contre des chansons pour enfants interprétées par Anne-Céline Huon.

Je me suis également remis au piano pour enregistrer mes compositions datant d’avant l’apparition de ma surdité (pour m'écouter au piano, cliquer ici). Le tout quasiment de mémoire.

Je suis donc un implanté  entouré de musiciens avec lesquels j’aime jouer toutes les semaines au piano ou à la guitare m’aidant partiellement de mon oreille interne, mais également de mon oreille implantée (pour m'écouter à la guitare, cliquer ici). Le dernier implant de Cochlear reçu cette année a grandement majoré le confort auditif pour la musique. D’ailleurs j’écoute TSF jazz en continu, même si j’avoue ne reconnaître quasiment aucun titre…

N’est ce pas que la musique reste un pur plaisir ?

 

PS : J'ai connu l'AIFIC quand j'ai voulu assurer mon implant grâce à Jean-Luc Maixent mon assureur de Pau. J'ai tout de suite sympathisé avec Alain Allouche car son fils est musicien et que pour lui-même la perte de l'accès au plaisir de la musique a été une lourde épreuve. J'ai aussi retrouvé à l'AIFIC mon ancien aumônier de la Sorbonne, implanté peu de temps après moi. Lors des repas de l'AIFIC ces deux amis me demandaient d'apporter ma guitare et on chantait tous les succès des années 70. Chacun dans sa tonalité. Le plaisir de chacune et de chacun masquait la cacophonie ignorée de nous.