Accueil Témoignages Jérôme Pestel
Agenda des évènements
Prochain rendez-vous :
Agenda :
Mars
2024
  • LUN
  • MAR
  • MER
  • JEU
  • VEN
  • SAM
  • DIM
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • 11
  • 12
  • 13
  • 14
  • 15
  • 16
  • 17
  • 18
  • 19
  • 20
  • 21
  • 22
  • 23
  • 24
  • 25
  • 26
  • 27
  • 28
  • 29
  • 30
  • 31
 
Contact
Pour toutes vos questions, contactez-nous :
Contact
Par téléphone :
Par courrier :
21, rue Ronsard
91470 Limours
Par mail :
Contact pour adhésion et assurance :
Par formulaire de contact :
En cliquant ICI ou sur l'oreille !
Partenaires

Associations :

Fabriquants :

La musique, comment je la perçois et l'apprécie

par Jérôme Pestel

Pianiste | Auteur-Compositeur | Malentendant

 

J’entends de nouveau des deux oreilles depuis le 24 septembre 2021. Après avoir perdu totalement l’audition à droite, j’ai dû m’habituer à n'entendre que d’une oreille pendant plusieurs années, environ 10 ans. Je pensais pouvoir m’y habituer, pouvoir vivre comme avant, en mono plutôt qu’en stéréo, mais en fait ce n’est pas si simple et j’ai compris qu’il y avait un grand intérêt à utiliser les deux oreilles en même temps ! Est-ce parce que mon audition à gauche n’est pas non plus formidable que je n’ai pas réussi à m’habituer à entendre d’une seule oreille ? Très certainement mais depuis que je suis implanté je constate bien plus encore l’intérêt d’en avoir deux. En fait notre cerveau semble avoir besoin d’entendre de chaque côté pour nous permettre non seulement une meilleure compréhension, c’est évident, mais aussi pour nous aider à faire le tri entre ce que nous devons entendre, analyser et utiliser pour échanger avec le monde qui nous entoure et ce que nous n’avons pas besoin de comprendre et interpréter pour vivre au quotidien. J’ai retrouvé grâce à l’implant cochléaire la possibilité de trier les sons et les bruits, je crois ! Les échanges avec les autres requièrent une attention que je ne peux avoir que si l’une de mes oreilles perçoit les bruits et les canalisent d’un côté de mon esprit tandis que ma seconde oreille prête attention aux sons pour reconnaître les syllabes, les mots, les phrases, le ton employé et ainsi me permet de converser.

Mais qu’en est-il de la perception de la musique ? Eh bien je vais tenter de décrire le plus précisément possible la façon dont je perçois désormais les sons, les notes et donc les mélodies avec mon implant. Pour commencer je souhaite préciser que j’ignore si ma perception de la musique avec mon implant est identique à la façon dont chaque personne implantée la perçoit ou la percevrait une fois implanté. Je ne connais aucun musicien implanté et même si c’était le cas, j’ignore si ma perception est liée uniquement aux bénéfices de l’implantation ou si elle est également en lien avec ma pratique continuelle de la musique avant de perdre l’audition. En effet j’ai commencé la pratique de la musique dès l’âge de 5 ans. J’ai joué de différents instruments (clarinette, saxophone alto, piano, synthétiseur). J’ai grandi dans une famille où la musique était beaucoup écoutée et même pratiquée puisque ma soeur ainée jouait également du saxophone et du violon. Parallèlement à mes cours pratiques, j’ai suivi un cursus d’apprentissage théorique au conservatoire du Havre et pratiqué de longues années de solfège. Lectures rythmiques et chantées se sont donc associées à ma pratique musicale et cela a de toute évidence permis à mon cerveau d’être réceptif aux éléments qui constituent les musiques, quelles soient issues du registre classique ou non.

Petit à petit j’ai cessé de jouer de la clarinette et du saxophone pour ne jouer que du piano et plus encore, du clavier électronique, du synthétiseur. Passionné par la création musicale, la composition s’est vite imposée dans ma pratique quotidienne musicale et le synthétiseur est donc devenu mon instrument favori pour composer.   

 Un avantage considérable dans la pratique de cet instrument électronique est qu’il n’est pas nécessaire de l’accorder et que la justesse d’un Do ou d’un La est constante. Cela a peut-être contribué à forger mon audition et à associer ma mémoire visuelle à ma mémoire sonore (?). Etant compositeur j’ai beaucoup travaillé les harmonies et cela a encore amélioré ma perception auditive recherchant sans cesse les accords parfaits. La reproduction de morceaux de musique à l’oreille également m’a permis de parfaire ma maîtrise des mélodies. Ainsi j’ai sollicité de l’âge de 5 ans à l’âge de 35 ans mes deux oreilles et mon cerveau s’est construit avec la musique.

Puis soudain plus rien à droite et finalement plus rien du tout, car avec une seule oreille, je n’entends plus ou plus exactement, j’entends faux, c’est moche, c’est comme mélangé, trop de basses ou trop d’aigus… Alors bien sûr je n’aime plus jouer du piano, du synthétiseur et je n’apprécie plus d’en écouter non plus. A quoi bon puisque les notes se mélangent et la mélodie se perd au milieu de ce brouhaha… à me donner même des maux de tête. Je vais vivre ainsi près de 10 ans avec cette seule oreille gauche, malentendante et inefficace sans l’appui de mon oreille droite. Je vais mettre de côté non seulement mes échanges humains qui deviennent insupportables tant il m’est difficile de prendre part aux conversations et mettre de côté ma pratique musicale ainsi que l’écoute musicale. De très forts acouphènes s’installent dès la perte d’audition et sont continuels, très invalidants et il m’est difficile d’apprécier le monde qui m’entoure tant ces acouphènes viennent perturber ma perception auditive. Imaginez discuter avec une personne pendant qu’une alarme de voiture résonne dans votre tête. Voilà ce que j’entendais continuellement.

Puis je vais être implanté en 2021 et là commencera une réadaptation aux sons. D’abord, avec l’aide d’une orthophoniste j’apprendrai à reconnaître les sons parlés car il est essentiel de pouvoir converser avec le monde qui nous entoure. Lecture labiale et rééducation phonique. Puis forcément, je vais retenter de jouer de la musique car elle me manque tant ! Tout d’abord je constate que je perçois différemment les musiques que je connais des autres. Un morceau qui passe à la radio et que je n’avais jamais entendu avant d’être implanté est difficile à fredonner. Puis je découvre petit à petit que c’est possible de reconnaître des mélodies avec mon oreille implantée seule et ce, même si je ne les ai jamais entendues. En effet si je m’isole au maximum du bruit et écoute un morceau de musique que je n’ai jamais entendu auparavant, plusieurs facteurs vont me permettre de percevoir la mélodie de ce morceau de musique. Par exemple le type d’instrument va être un élément essentiel à ma bonne perception auditive. S’il s’agit d’un morceau de piano seul, il est plus facile pour moi de percevoir la mélodie. En revanche s’il y a plusieurs instruments, je vais devoir les dissocier un par un de l’ensemble pour analyser chaque mélodie et partie du morceau. Cette gymnastique ne peut se faire encore une fois que dans un environnement très calme car le moindre son extérieur empêche ma concentration et trouble donc ma perception auditive. Après avoir réussi à entendre et reconnaître les sons et donc la mélodie d’un morceau, à chaque fois que je l’entends, je réussi de mieux en mieux à le reconnaître et ainsi, l’apprécier ou non, mais cela reste difficile malgré tout. Alors je privilégie surtout l’écoute de morceaux connus pour parfaire ma rééducation musicale et lorsque j’écoute un nouveau morceau c’est à force de l’écouter que je finis par percevoir toutes les fréquences et en les mettant bout à bout je parviens à reconstituer tout le morceau, toute la mélodie.

   Lorsque je joue du piano ou du synthétiseur, j’associe le visuel au son. En effet, mes nombreuses années de pratique me permettent aujourd’hui de maîtriser cet instrument suffisamment pour savoir que lorsque j’appuie sur telle touche du piano, c’est telle note qui est jouée et donc que je suis forcément juste. A moins de jouer sur un piano désaccordé sinon le résultat est assurément juste ! La partition me permet donc d’être fidèle à l’original et cela m’a permis de reprendre la pratique musicale seul d’abord, puis en groupe ensuite.

 En groupe la pratique de la musique est différente. En effet pour bien jouer au sein d’un groupe il faut être attentif aux autres, à ce qu’ils jouent et capter ainsi les harmonies qui se créent et dans lesquelles je dois m’immiscer à des moments précis. Pour cela mon implant m’a énormément aidé puisque c’est en entendant à droite les autres instruments que je peux jouer au sein du groupe en entendant à gauche la partie que j’interprète. Enfin je voudrais préciser que tout cela est possible grâce à l’énorme adaptabilité dont notre cerveau est capable de faire preuve ! En réalité l’implant au début me renvoyait des sons mais pas des notes, c’est à dire que j’entendais, oui, mais toutes les notes pour moi étaient identiques. Comme si « Au clair de la lune » était joué avec une seule touche de piano. Et je me suis aperçu que petit à petit je percevais les variations mélodiques et que l’unisson disparaissait au profit du retour de la mélodie ! En conclusion, je pense qu’il faut du temps pour apprécier de nouveau l’écoute musicale ou la pratique musicale avec un implant et que l’intérêt que l’on porte à la musique ne fera qu’accentuer notre désir de réussir cette rééducation.

 

En complément un lien vers une composition de Jérôme : https://soundcloud.com/jerome-pestel/si-mes-mots-etaient-tes-pas

 

Jérôme Pestel - 22/11/2023

Implanté à droite depuis le 24/09/2021

Malentendant à gauche appareillé