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INSTITUT NATIONAL DES JEUNES SOURDS (INJS)

 

 

Le 13 mars 2026 Solange Cochard nous avait concocté - et parfaitement organisé à son habitude - la visite de l’Institut National des Jeunes Sourds, au 254 de la rue Saint Jacques à Paris. 

Après-midi que notre guide, Anne Picaud (responsable du Patrimoine à l’Institut), a rendu passionnant pour les 15 implanté(e)s présent(e)s.

   

                                      Les jardins de l'Institut ... un jour de soleil !

Il pleuvait trop fort ce jour-là pour la promenade prévue dans les beaux jardins de l’ancien Séminaire Saint-Magloire, et nous nous sommes regroupés dans une salle étonnante, un ancien SPA, qui nous a d’emblée plongés dans l’horreur vécue au cours des siècles par ceux que l’on appelait « les sourds-muets ».
   Comme on pensait au XIXème que les jeunes étaient muets du fait de difficultés respiratoires, on les plongeait dans une eau à 39 degrés pour agrandir leurs poumons. Puis on a compris que si les enfants ne parlaient pas c’est parce qu’ils n’entendaient pas, alors on a trouvé pour eux d’autres tortures : vapeur pour assouplir les tympans, aiguilles, expériences électriques dans le nez, ces enfants ont beaucoup souffert !

Mais revenons au début : l’histoire de l’Institut commence avec celle de Charles-Michel de l’Épée. Son père, architecte de Louis XIV, achète un terrain près du Palais-Royal, rue des Moulins et y fait construire une grande maison. Comme Michel était intelligent, il espérait le voir lui succéder et l’inscrit dans une école d’élites, le Collège des Quatre Nations, tenue par des Jansénistes. Puis le jeune homme décide d’entrer au Séminaire, afin d’aider les malheureux. Lors de son ordination, il refuse, en tant que janséniste, de signer la bulle Unigenitus et se retrouve prêtre sans paroisse. Il fait alors des études de droit et devient avocat. Mais il n’exerce pas, se retrouvant à la mort de ses parents, à la tête d’une fortune personnelle.

Il voyage, parle plusieurs langues, et prend connaissance des travaux de deux espagnols, Pedro Ponce de Leon, prêtre du XVIème siècle, qui invente l’alphabet des mains, permettant d’épeler les mots, et Juan Pablo Bonet, secrétaire particulier d’un Duc, qui utilise cet alphabet pour articuler les sons.

Un de ses amis s’occupe de deux sœurs sourdes qui se parlent par signes. « Si c’étaient des mimiques, je les comprendrais, c’est donc une langue », décide-t-il.  Il forme alors le projet de regrouper des enfants sourds qui communiqueront grâce à cette « langue des signes », sans chercher à articuler des sons qu’ils n’entendent pas. Il accueille une trentaine d’enfants dans sa maison rue des Moulins.

Quand les enfants sortaient de chez lui, ils savaient lire, écrire et ils avaient un métier. C’était exceptionnel car les « sourds-muets » étaient souvent recrutés pour des vols à la tire, de la prostitution ou de la mendicité. Il s’occupe aussi de leur éducation religieuse car « ils n’avaient pas d’âme », ne recevaient pas les sacrements et n’étaient pas enterrés religieusement.

Sa méthode se heurte à celle de Jacob Rodrigues Pereire qui veut faire parler les sourds, en leur faisant poser les doigts sur le cou et les lèvres, et ne peut le faire que pour un petit nombre de privilégiés, contrairement à Charles-Michel qui veut faire acquérir savoir et compétences au plus grand nombre.

Son œuvre a un succès immense.

Notre guide nous montre un tableau de Frédéric Peysson, peintre sourd, représentant l’abbé de l’Épée sur son lit de mort en 1789 : deux représentants du gouvernement promettent de prendre soin des enfants. Ce qui a été fait jusqu’à ce jour.   

 L’Abbé de l’Épée a été remplacé par l’Abbé Sicard, jusqu’en 1822. Puis le docteur Itard devient le médecin de l’Institut ; il a compris que les enfants étaient muets parce qu’ils n’entendaient pas ; grand expérimentateur il se livre à toutes sortes d’expériences très douloureuses. C’est lui qui s’est occupé de « l’enfant sauvage » dont François Truffaut a fait un film. Il est remplacé par le docteur Ménière qui travaille sur les vertiges.

 

Au cours du XIXème siècle, la surdité acquiert peu à peu un autre statut.

 En 1859, par souci d’eugénisme, on sépare les filles et les garçons afin d’éviter des mariages entre sourds, les garçons à Paris, les filles à Bordeaux. Les femmes professeurs parisiennes sont donc renvoyées, les filles ne seront plus formées en langue des signes. Elles apprennent à cuisiner, faire le ménage, à coudre, broder, faire de la dentelle … et sont ensuite placées comme domestiques non salariées, avec interdiction de se marier.

 En 1880 (Congrès de Milan) la langue des signes est interdite pour près d’un siècle ! Les raisons en sont les suivantes :

- À l’ère de l’industrialisation communiquer avec les mains relève d’un comportement « animal ». De nombreux professeurs sourds partent alors à l’étranger, et créent des écoles qui enseignent la langue des signes française.

- La guerre de 1870 a réveillé un certain patriotisme auquel nuisent les langues communautaires, auvergnat, breton, occitan… de même que la langue des signes. Le français devient obligatoire dans l’école publique (Jules Ferry).

- Dans le même temps, la famille Pereire, persuadée qu’on a « spolié leur ancêtre Jacob parce qu’il était juif » milite pour restaurer la méthode orale de leur aïeul dans les écoles de sourds, en particulier à l’Institut.

- L’État veut reprendre la main sur l’éducation des sourds par rapport aux établissements gérés par des Religieux, les frères de Saint-Gabriel notamment, qui utilisaient les signes dans leurs écoles.

 On décide à Milan que la méthode orale (français articulé et lecture labiale) est supérieure à celle utilisant la langue des signes pour l’éducation des sourds.

 Pendant la guerre 14-18 les jeunes ont été remplacés à l’institut par les mutilés de l’ouïe, puis ils sont revenus et ont bénéficié des progrès accomplis.

 

Langue des signes

   Reconnue comme une langue à part entière.  « Je suis bilingue » nous dit notre guide.

L’Institut, désormais installé rue Saint-Jacques, a été la première école pour sourds au monde. Un ancien élève est parti aux USA créer une école pour langues des signes. La langue des signes américaine est donc basée sur les signes français, contrairement à la langue des signes anglaise ou japonaise. Il existe une langue des signes internationale, utilisée dans les congrès.

« La surdité est génétique mais pas héréditaire », nous dit Anne Picaud.

Les signes sont différents selon la langue (exemple de mieux), mais la grammaire est identique. La pensée se construit avec ce qu’elle voit : quand un sourd écrit, il n’écrit pas dans le même ordre qu’un entendant, il suit sa pensée. Il a parfois du mal à comprendre l’énoncé d’un problème de maths, par exemple. Ce qui fait sens pour un entendant peut paraitre ambigu à un sourd. (tout différent de tout de suite).

 

Audisme

 L'audisme est un néologisme utilisé depuis la fin du XXème siècle pour qualifier les préjugés négatifs et l'hostilité manifestée à l'égard des sourds.

« La langue des signes c’est pour les simplets »

Les petits sourds avaient honte de sortir et de signer dans la rue. On les obligeait à parler, avec des voix atroces.

 

Décret de Fabius 1991 « Dans l'éducation des jeunes sourds, la liberté de choix entre une communication bilingue - langue des signes et français - et une communication orale est de droit ».

On a enfin cessé d’obliger les sourds à parler, on a de nouveau recruté des enseignants sourds qui signaient, même s’il n’était pas simple pour les sourds de faire des études supérieures

 

Scolarité   Elle est gratuite.

De nos jours, beaucoup d’enfants français sourds ont un implant cochléaire. Les implantations précoces marchent très bien. De nombreuses familles étrangères d’enfants sourds immigrent pour bénéficier de l’Institut, mais ils arrivent souvent trop tard (vers 8 ans) pour espérer une parfaite réussite, d’autant que les parents ne parlent pas toujours français.

Il y a actuellement 290 élèves, de la 6ème au Bac, dont 150 sont scolarisés dans les établissements du quartier. Ils bénéficient de l’accompagnement médical de l’Institut : c’est confortable pour les familles. 90 élèves à partir de 11 ans sont internes car ils habitent trop loin.

Les taxis sont financés par l’Institut.

Les enfants qui sont scolarisés intra-muros sont ceux qui à 10 ans n’ont toujours pas réussi à entendre ou à lire sur les lèvres. Ils ne peuvent donc pas suivre un enseignement normal. Ils n’ont aucun handicap mental, mais parfois beaucoup de retard. Ils ont un enseignant pour 8 élèves. Il y a une quarantaine d’enseignants, une douzaine d’orthophonistes, une trentaine d’éducateurs spécialisés, des psychologues à temps partiel, des audioprothésistes, 2 assistantes sociales…

Les conditions sont les mêmes que celles de l’hôpital, l’Institut est financé par le ministère de la santé et des affaires sociales. Il propose 8 filières de formation professionnelle du CAP au Bac Pro. Les listes d’attente sont longues. D’autant qu’il y a 100% de réussite aux examens.

Beaucoup d’élèves sont plus heureux à l’Institut que chez eux car ils y sont compris. Les réseaux sociaux ont amélioré la communication, mais, du coup, ils se voient moins. Ils fréquentent des clubs sportifs pour sourds, et sont heureux entre eux.

Mais les moyens manquent encore, les aveugles sont plus favorisés financièrement.

« Dans les pièces de théâtre, les aveugles sont pitoyables et les sourds sont ridicules ».

Autre citation : « les personnes devenues sourdes sont des personnes entendantes qui n’entendent pas ».

 

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, a renforcé et mis en place des dispositifs visant à favoriser l’inclusion et l’insertion sociale des personnes en situation de handicap, par exemple l’accueil et l’accompagnement des élèves handicapés en milieu scolaire ordinaire.

                       

 Puis nous traversons la cour glissante et jetons un œil mouillé à la statue imposante de l’abbé de l’Épée, avant de découvrir le magnifique escalier (1643) du bâtiment abbatial des Oratoriens de Saint Magloire. Nous apprenons que c’est un chef d’œuvre de stéréotomie ! (cette technique désigne l'art de découper la pierre en différents petits volumes en vue de construire des éléments architectoniques destinés à être assemblés pour la création d'éléments architecturaux de grande portée) .

 

La bibliothèque n’est pas très grande mais très chargée d’histoire. Elle compte la plus grande collection mondiale d’exemplaires uniques (20.000) d’ouvrages français et internationaux ayant trait à la surdité et la presse silencieuse, ainsi que des manuscrits, articles et thèses, du XVIIème siècle à nos jours.

         

L’encyclopédie Diderot & d’Alembert (17 volumes), avec ses planches (11 volumes), monument de la connaissance édité entre 1751 et 1772, a été donné par la jeune République française à la création de l’Institut.

Ces ouvrages sont consultables, sous la surveillance vigilante de la bibliothécaire/archiviste (École des Chartes).

 

                 
      Les armoiries de l'Institut

 Nous y découvrons aussi les armoiries de l’institut, choisies par les élèves sous Napoléon III (dont l’épouse Eugénie a été une des bienfaitrices du lieu), « pastel de la plume et de la pensée » ; et un Dictionnaire français illustré de la langue des signes, de 1855, traduction de 136 mots usuels à l’usage des familles par Joséphine Brouland, institutrice des classes de filles à l’Institut. Il s’agit d’une affiche, jointe à un livret, montrant les signes de base. Expulsée, elle se maria à 65 ans avec un jeune clerc de notaire de 38 ans.

Sont également exposés les différents uniformes des élèves. Comme les enfants n’avaient pas le droit de signer après 1880, certains uniformes ont caché les mains.        

 Nous quittons Anne Picaud en ayant le sentiment que nous aurions pu l’écouter longtemps encore ! Elle travaille à l’Institut depuis 1987, et va prendre sa retraite en septembre. Nous imaginons qu’elle sera fort regrettée …Après avoir été responsable du service éducatif, elle a créé, après avoir repris des études, un service patrimonial (sauvegarde et communication). Elle a vu passer 1500 jeunes sourds environ.

 Information d’importance avant de nous séparer : aux journées du Patrimoine, l’Institut ouvre ses portes et donne des cours de Langue des signes.

Et si nous nous y retrouvions en septembre ?

 Françoise Gicquel-Treiner