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 Témoignage de Carol Mundinger

   

    Je m’appelle Carol Mundinger et je suis clarinettiste et professeur de clarinette en conservatoire. J’ai commencé ma carrière comme clarinettiste d’orchestre, puis je me suis tournée vers des formations de chambre, ainsi que vers le théâtre musical. J’ai également toujours eu une activité en parallèle de professeur de clarinette en conservatoire. C’est actuellement le professorat qui occupe la plus grande partie de mon activité professionnelle. Il m’arrive cependant de continuer à donner des concerts. D’ailleurs, c’est lors de mon dernier concert avant le premier confinement, le 13 mars 2020, que j’ai perdu l’audition, d’abord à l’oreille gauche, à cause d’un traumatisme sonore subi sur scène. J’étais assise juste à côté du pianiste pendant une pièce contemporaine où il jouait une cadence de 5 minutes le plus fort et le plus étendu possible. Et puisque c’était pendant un concert, je ne pouvais pas me boucher les oreilles ! Le côté gauche, déjà fragilisé et appareillé depuis deux ans, a tout pris. Deux jours après ce concert, je n’entendais plus les graves correctement et j’avais l’impression d’avoir l’oreille bouchée. J’ai tout de suite consulté mon ORL qui m’a confirmé que l’oreille n’était pas bouchée, mais qu’effectivement j’avais perdu les fréquences graves. Le traitement initial n’a rien fait. Pendant le confinement, mon audition fluctuait et les troubles ont gagné l’oreille droite, me causant d’énormes frustrations, incompréhensions et questionnements sur ce qui se passait. Après de multiples consultations, hospitalisations, tests et traitements durant deux ans, il n’y a pas eu d’amélioration, au contraire une dégradation. Mes médecins ont donc décidé de m’envoyer à l’hôpital Rothschild pour envisager d’être implantée. C’est donc en août  2022 que j’ai rencontré l’équipe du CRIC et j’ai été opérée le 13 octobre par le Dr. Mamelle. Je dois dire que j’ai beaucoup réfléchi, en faisant beaucoup de recherches avant d’être certaine de vouloir poursuivre la voie de l’implant. On part un peu dans l’inconnu, surtout pour une musicienne, n’ayant pas de témoignages concrets de la part d’autres musiciens. Je ne pouvais pas savoir d’avance comment j’allais entendre ou percevoir la musique. Puis, une fois que c’est fait, il n’y a pas de marche arrière possible, alors il fallait être sûr de son coup. Mais je ne pouvais pas laisser mon audition se dégrader et détruire ma vie de professionnelle et ma vie tout court. Egalement la réputation et la compétence de toute l’équipe me rassuraient.

    Après l’opération, quand j’ai eu la connexion une semaine plus tard, la perception des premiers sons a été un moment très émouvant. Je les ai ressentis un peu électroniques à effet wah-wah. Ce phénomène s’est estompé un peu au fur et mesure avec mes séances d’orthophonie, mais est toujours présent. Néanmoins, je peux dire que j’entends le vrai timbre des voix et des instruments. L’écoute n’est pas parfaite pour la musique, certes, mais je peux continuer à exercer mon métier. La rééducation est largement aidée par mon activité professionnelle, et il était important pour moi de commencer cette nouvelle aventure avant de prendre ma retraite.

    Comment je fais pour l’écoute, le jeu, etc. ? Je peux dire que dans mon cas, l’écoute avec l’implant est nettement meilleure qu’avec l’appareil auditif classique. Avant l’implant, pour jouer et enseigner, j’étais obligée de couper ou de mettre en sourdine mes appareils car c’était trop fort, trop réverbérant et vibrant. Maintenant avec l’implant, je n'y touche pas ! J’ai le modèle Medel qui a un programme musique que je laisse presque en permanence.

    Qu’est-ce que j’entends ? Comme je le disais tout à l’heure, j’ai le vrai timbre des instruments (contrairement à ce que j’entendais avec mes appareils, où je ne pouvais pas toujours savoir quel instrument jouait). Par contre, parfois dans certains registres, j’ai un son voilé et légèrement trop bas (surtout dans les aigus) qui augmente quand je reviens de vacances, si je n’ai pas joué pendant un certain temps. Du coup, je me dis que la solution est de limiter les arrêts et de toujours me forcer à solliciter l’oreille implantée et le cerveau.

    Après mon trauma sonore et au début de ma baisse d’audition, écouter la musique était une souffrance, encore plus que de jouer moi-même. Mon cerveau ne comprenait rien, surtout quand il y avait trop de sons en même temps. La musique la plus classique devenait complètement atonale puisque je ne percevais  pas la bonne hauteur des notes. Comme je n’entendais plus les graves, les harmoniques prenaient le dessus et faussaient l’écoute. Des instruments graves, comme le violoncelle, me faisaient boucher les oreilles parce que je n’entendais pas ce qu’il fallait. L’expression « trop d’information tue l’information » était tout à fait vraie dans mon cas. Trop de sons simultanés était insoutenable.

    Il faut, dans ce cas, réapprendre à écouter la musique en essayant de séparer les voix et de choisir ce qu’il faut écouter. Cela demande beaucoup de concentration. Par exemple, je ne peux plus immédiatement identifier la tonalité d’une pièce. Il me faut plusieurs secondes avant de savoir où se trouve le centre tonal. Puis quand on change de pièce, ou si la pièce module, mon cerveau met encore un certain temps pour s’orienter dans la nouvelle tonalité. Professionnellement ce n’est pas évident et je dois répéter plus qu’avant. Mais plus je répète, plus mon cerveau comprend. Il a fallu que j’apprenne mes limites, faire confiance à ma technique et mes instincts et d’avoir patience. Les collègues avec qui je joue savent le problème que j’ai et ils ont tous une grande vaillance pour m’assurer que ce qui sort de ma clarinette est dans la bonne voie. Je ne peux que les remercier du fond du cœur pour être patients et rassurants.

     Je ne vis que depuis cinq mois avec l’implant et je sais qu’il faut plus de temps avant d’être vraiment à l’aise avec la nouvelle audition. Bien sûr, je désirais une progression ultra rapide, mais elle est en bonne voie et atténue les craintes qu’au fond j’avais. Je vais de l’avant et j’y travaille constamment ! Pour apprécier la musique, il faut réapprendre à écouter et être plus sélectif dans son choix musical, en commençant petit avec peu d’instruments. Il faut oublier son handicap et se donner la possibilité de prendre plaisir à écouter (et/ou jouer) la musique pour ne pas la bloquer pour toujours.

C.Mundinger

Ce témoignage a été présenté lors de l'Assemblée Générale de l'ANIC, le 18 mars 2023